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Le non-déclin des dialogues...

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Si vous ne savez pas quoi lire pendant ces vacances pré-new-year, je vous recommande les deux livres ci-dessus. D'abord parce que la forme du dialogue y est remise à l'honneur et ensuite parce qu'ils dissimulent des pépites sur l'art, ses à-priori, ses digressions et ses différents rôles.

Le premier, Le déclin du Mensonge, d'Oscar Wilde est donc un dialogue savoureux entre Vivian (le porte-parole de Wilde) et Cyril (le naturaliste) dans la bibliothèque d'une résidence de campagne du Nottinghamshire. Publié en 1891 dans le recueil Intentions, il est une réponse acide à la ferveur de l'époque pour la littérature réaliste et l'esthétique du «faire-vrai». Pour Wilde c'est une supercherie et l'idéal n'est pas de singer la réalité mais plutôt de laisser «la vie imiter l'art». Ainsi seul l'art serait capable de «révéler» l'invisible telles les peintures de Turner dévoilant comme pour la première fois les brouillards londoniens (lire à ce propos la préface de D.Fernandez sur Le Déclin, ici).

Le deuxième donne envie d'en découvrir un troisième. Publié chez Paraguay Press, L'Entretien est une pièce pour deux acteurs co-écrite par l'artiste Guillaume Leblon et le critique Thomas Boutoux. Cette fois le dialogue ne s'impose pas comme une réponse polémique mais dérive des préoccupations propres au monde de l'art pour musarder vers les tombes égyptiennes et la paranoia artistique. C'est drôle et très tristramshandyien si on se réfère à la description du livre. Et justement, il faut aussi se replonger dans la lecture de ce livre du révérend Laurence Sterne. Publié en 1760 sous forme de feuilleton, c'est un chef-d'oeuvre de la littérature universelle dixit la critique par Jean-Luc Douin du film adapté de ce roman par Michael Winterbottom (et que je vous recommande aussi!).
Vie et Opinions de Tristram Shandy, gentilhomme est l'archétype du roman-à-tiroirs où il est question de tout dans un désordre savamment maîtrisé. Comme l'affirmait Sterne, «écrire un livre pour qui sait bien s'y prendre, ne diffère en rien de tenir une conversation». Tristram Shandy est une longue conversation entre les personnages, entre le protagoniste et ses lecteurs, entre le temps du roman et celui des références que l'on y croise. Les Lumières et ses vues raisonnées s'y confrontent aux intellectuels et auteurs des siècles passés dans un joyeux bordel quasi-hypertextuel. Un roman à épisodes comme une longue ligne de fuite perturbée d'incidences techtoniques. La disgression, faut-il encore le démontrer, devient ici un motif qui prouve sa propre nécessité!


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Laurence Sterne, The Life and Opinions of Tristram Shandy, Gentleman, Sp Coll Hepburn (pages 152-153 of volume 6), 1768 (MDCCLXVIII)


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«Oui la forme objective est en réalité la plus subjective. L'homme est moins lui-même quand il parle pour son propre compte. Donnez-lui un masque et il vous dira la vérité» (Oscar Wilde, La critique est un art)


ACG

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ACG, Autoroutes des Alpes, 1991


L'Atelier de Création Graphique est une institution, un monument historique emblématique du graphisme français. Crée par Pierre Bernard en 1989 dans la continuité de l'atelier Grapus, l'ACG est une véritable mine enfin mise en ligne. À visiter sans modération!


En vrac, de la mémoire et de la subversion

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Tony Smith, For V.T., 1969


Très bon article de Sarah Ihler-Meyer dans la revue ZeroDeux sur la subversion du réel dans le cadre de l'exposition Chasing Napoleon au Palais de Tokyo.


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Mark Dion, Pavilion of Decadence and Ruin, 2009 (en collaboration avec Dana Sherwood)


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David Maljkovic, Lost Pavilion, 2008 (40 x 25 cm)


artwork_images_744_472183_david-maljkovic.jpgDavid Maljkovic, Retired Form, 2008 (20.3 x 30.5 cm)


artwork_images_424045384_550348_david-maljkovic.jpgDavid Maljkovic, Images With Their Own Shadows, 2008 (16mm film)

La galerie IN-SITU propose Cultural Memories / Récits Parallèles jusqu'au 19 Décembre 2009 avec notamment le travail de David Maljkovic, un des artistes les plus intéressants de cette Europe du Milieu qui n'en finit plus de faire parler d'elle. L'occasion de visiter aussi la galerie virtuellement (ou pas) et de (re)voir le travail de Renaud Auguste-Dormeuil et de Mark Dion entre autres.


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Vu sur un blog en passant, Two or Three Things, deux photographies non attribuées mais qui pourraient appartenir à la famille des photos modernisto-réalistico-introspectives à la Diane Arbus. Celle qui épelle NEVER YOUNG AGAIN tracé à la buée sur un écran pourrait tout à fait signifier la subculture des vitelloni, ces inutiles du film éponyme de Fellini qui passent leur adolescence attardée à vivoter sans emploi. En fait elle pourrait tout dire parce qu'elle ne dit rien d'elle. Notez donc par ce manque, la multiplicité d'interprétations que permet la non-légende.


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Federico Fellini, I Vitelloni, 1953



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tags: clément vauchez, thomas couderc, la bonne merveille, atmosphère



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tags: adolphe appia, gilles taschet



dinald-judd-6-boxes-untitled.jpgtags: donald judd, cubes


f186_erb_2009_quilt_bdf_1_large.jpgtags: bouroullec, noir c'est noir, accumulation, alvéole


mcginley.jpgtags: hippie, libre, ryan mcginley, utopie


Composé uniquement de tags, le site de Juliette étudiante à l'IFM est un véritable annuaire d'images. Derrière le Miroir ressemble à un Atlas sans fin ou le choix ne réside pas tant dans le fait de trancher mais au contraire dans celui d'accumuler et de laisser se produire « l'émerveillement » de voir telle photographie documentaire côtoyer telle autre dessin ou motif de performance.

desencyclopedie.jpgSingerie à portée critique, la désencyclopédie est une potacherie de haute-volée qui veut avoir « une bonne présentation et un contenu bidon », bref faire du vrai-faux wikipédia et entretenir (in)volontairement la nécessité de toujours vérifier ses sources...
Cela n'est pas sans rappeler La Minute Nécessaire de Monsieur Cyclopède, émission des années 80 présentée par Pierre Desproges. Étonnant non?




Pour finir dans la série programme court et éducatif. Les mini-films d'Isabella Rossellini sur la vie sexuelle des petites bêtes. Green Porno est diffusé sur Arte+7 mais vous pouvez aussi retrouver toute la première série sur YT (en v.o.). C'est amusant, astucieux, volontairement kermesse-style et totalement nécessaire à visionner. (merci David pour le lien!)




Textfield Inc.

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De haut en bas et de droite à gauche: Shannon Ebner, The Sun as Error (Dexter Sinister) / Slavs and Tatars, A Thirteenth Month Against Time (Kasia Korczak, Payam Sharifi) / Slavs and Tatars, I Still See Communism Everywhere (Kasia Korczak, Payam Sharifi) / Terence Koh, The Whole Family (Peres Projects)



Textfield est un éditeur indépendant américain. Le site est en v.o mais vous pourrez y apercevoir tout ce qui compte actuellement dans le monde de l'édition intelligente et curieuse. Je vous recommande particulièrement les livres de Slavs & Tatars et de Dexter Sinister (Reinfurt/Bailey), ou comment graphisme et édition fonctionnent de concert pour produire du sens à différents niveaux.

Et en parlant d'édition, ne ratez pas au CAC Colomiers ce mardi 17 Novembre à 18h30 l'excellente conférence «Ce que l'édition fait à l'art, ce que l'édition fait à l'oeuvre». Centrée sur la question de l'édition d'art, la conférence mettra en perspective l'actualité éditoriale du CAC. Venez nombreux!


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Pour finir, Laurent Sfar expose à la galerie 100 Titres à Bruxelles. L'occasion de découvrir son livre Ex-Libris, Expédition nocturne autour de ma chambre (d'après un texte de Xavier de Maistre) et ses autres productions autour de la littérature...


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Laurent Sfar, Ex Libris, Expédition nocturne autour de ma chambre (Xavier Maistre), 2007


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Laurent Sfar, Ex Libris, La Disparition (Georges Perec), 2007


40 ans et indémodable

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On s'en étonnerait presque mais la célèbre émission anglaise The Monty Python's Flying Circus, vient juste de fêter ses 40 ans. Presque aussi vieille que les Beatles, l'institution de l'humour tout britannique gagne à être revue et pas uniquement pour son humour, parfois un peu passé, mais surtout pour les animations d'un artiste à l'époque encore inconnu: Terry Gilliam.
Les génériques des épisodes du MPFC sont en effet des merveilles d'astuces, de montages, de collages totalement surréalistes rappelant un Max Ernst de la belle époque.
À voir et revoir sans modération!


É.173

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Adeline Debatisse, DSAA Olivier-de-Serres, Vive la Décroissance!, 2009


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Killian Lodo, DSAA ESAAB-Nevers, Indécision et Flux permanent, 2009


Le magazine Etapes propose, dans son opus 173 consacré aux diplômes des étudiants, une trentaine de projets sélectionnés. Vous pouvez les voir de plus près sur le facebook-style d'Étapes -------> ICI


Reconstruir Ciudades

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Un très bon colloque, (Re)Constructing Cities: Cartographies of Marques da Silva and beyond. Les séries de conférences ont (re)exploré les notions de villes et d'architectures au tournant des 19è et 20è siècle. Organisé par la FIMS (José Marques da Silva Foundation Institute) à Porto.



L'Échappée Belle

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echappebelle.pngJolie notion pour définir une partie de la nouvelle scène graphique française. Un projet de Charlotte Cheetham et le studio À Deux C'est Mieux.



Le Phoenix Coréen

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Le Ryugyong Hotel, Pyongyang, 1999


La figure architecturale de l'absence dans tout son antagonisme assumé ne pourrait être mieux représenté que par l'Hotel Ryugyong en Corée du Nord. Cette pyramide aplatie formée de trois ailes inclinées à 75º et inachevée (il lui manque entre autres ses fenêtres), rappelle vaguement le bâtiment du Ministère de l'Amour dans le roman 1984 de George Orwell. Situé à Pyongyang, son nom est évocateur, il signifie La Capitale des Saules (nom historique de la cité Nord-Coréenne) et sa construction démarre en 1987 dans un contexte de fin de guerre froide et de compétition acharnée contre le faux-frère Sud-Coréen.

Avec un coûteux programme, le cabinet d'architectes Paektusan, à l'origine du projet, n'ambitionnait pas moins que de faire de "l'Hotel de Saules" le plus haut gratte-ciel du pays. Sa superficie de 360 000 m2 devait lui permettre d'atteindre la hauteur de 330 mètres pour un nombre total de 3000 chambres, des restaurants et tout un système autonome de ville dans la ville.



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En 1992, en plein effondrement du bloc soviétique, des architectes et ingénieurs étrangers et Sud-Coréens émettent l'hypothèse que le Ryugyong puisse être un colosse aux pieds d'argile. Un défaut de construction le rendrait peu viable mais la campagne de solifidication s'élevant à plus de 2 milliards de dollars, celle-ci n'est pas entreprise faute de moyens dans un pays qui connaît alors sa plus grande famine.
L'hotel est laissé à l'abandon et devient le symbole imposant de l'échec du régime et du gaspillage typique des mégalomaniaques à sa tête. À tel point que les fabricants d'images de cartes postales l'effacent régulièrement du paysage urbain dans une geste qui rappelle la memoria damnata romaine.

The Doom Hotel, comme l'appelle alors les agences de voyages anglo-saxonnes paraît être devenu son propre tombeau. On semble pourtant s'orienter vers une nouvelle aube pour l'hotel-fantôme. C'est en tout cas ce que les nouvelles assez récentes de l'amicale Franco-Coréenne semblent augurer. En 2008, la société Égyptienne Orascom, reprend le contrôle l'ouvrage au style tout stalinien. Rachetée par le groupe de BTP Français, Lafarge SA, Orascom a (re)démarré les travaux sur l'hotel notamment aux étages supérieurs qui ont la capacité cherry-on-top d'être auto-rotatifs. Le président de Lafarge a, lui, rencontré en Septembre dernier, Kim Young-nam, dirigeant du Présidium de l'Assemblée Suprême du Peuple et Chef de l'État par intérim (Kim Jong-il étant soit-disant souffrant).
On prédit maintenant un achèvement des travaux et l'ouverture officielle de l'hotel pour 2012, année du centenaire de la naissance du père de l'actuel dictateur, Kim Il-sung.


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Le projet tel qu'imaginé par les architectes en 1987 avec ses façades de verres reflétant l'éternel soleil coréen dans une ambiance toute futuropolis...


D'ici là, la structure en béton armé continuera sa tentative typique de séduction comme l'avaient fait auparavant les villages Potemkine et comme il y a une quarantaine d'années la Berliner Fernsehturm le faisait depuis l'AlexanderPlatz est-berlinoise pour snober la vieille Berliner Funktum (La Tour Radio du Berlin-Ouest de Charlottenburg).
Mais là où les villages-leurres de Potemkine tentaient soi-disant de tromper Catherine II de Russie en cachant la misère des villes de Crimée, l'hotel Ryugyong est devenu le signe même de l'abandon. Sa fonction de propagande s'inverse pour devenir l'excroissance cosmétiquement disgrâcieuse d'une république populaire en pleine dissimulation de ses échecs ruineux.


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les deux tours ennemies. Symbole de la propagande est-allemande, la Berliner Fernsehturm (droite) voulait prouver à l'ouest que les progrès techniques n'étaient pas l'apanage des pays capitalistes.


L'histoire plus ou moins récente des conflits a sonné le retour à la notion romantique des ruines. Etymologiquement, la ruine (ruere, s'écrouler) c'est ce qui tombe mais par opposition directe ce qui, aussi, demeure. Résultat d'un processus lent ou expéditif, la ruine est le reste d'un temps révolu qui se fond dans un présent parfois nostalgique.
Longtemps évocatrice de la méditation sur le temps qui passe, d'une passion fascinée voir même d'un genre pictural reflétant le goût pour l'Antique, les ruines deviennent progressivement des sujets moins rétrospectifs et plus prospectifs. Ce que souligne Nora Philippe dans son article, La Ruine, en citant Roland Mortier (La poétique des ruines en France, 1974): « la méditation de Diderot se veut ici plus prospective que rétrospective. La ruine fait moins rêver sur ce qui fut que sur ce qui sera ou plus exactement sur ce qui ne sera plus. Le mouvement d'esprit renverse la démarche de Pétrarque ou celle de Du Bellay. La rêverie sur les ruines était une mémoire, la voici devenue une anticipation. »

Anticipation telle que les ruines sont 'reconstruites' dans la période XIXè des fabriques, sorte de combines qui édifient un passé fantasmé et qui soulignent le mal de ce siècle, la mélancolie spleenienne.
Il faudrait confronter d'ailleurs le travail d'un Cyprien Gaillard à ces images de vestiges survivants qui, comme le souligne encore Nora Philippe, « ne disent ni l'accomplissement ni l'aboutissement ». Les ruines appellent ici à une imagerie fantasmagorique, celle des fantômes-revenants ou, comme dans le cas du Ryugyong, du zombie architectural.


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Cyprien Gaillard, The New Picturesque, 2008 (Cosmic Galerie)


gh5.jpgCyprien Gaillard, Belief in the Age of Disbelief / Les deux chemins au ruisseau étape VIII, 2005 (Cosmic Galerie)


L'ex-bloc de l'Est et ses anciens satellites, ironiquement, sont relativement généreux en zombies de ce genre. Ces zones pas si romantiques, sont des villes-fantômes qui renaissent en non-cités images d'un passé perdu ou gommé d'une époque de grands chantiers interrompus par les retournements de l'histoire.
Ainsi la ville d'Agdam, rayon azerbaidjanais en pleine enclave Azérie en Arménie. La conflit, dit du Haut Karabakh, qui opposa la république de Bakou à celle d'Erevan de 1988 à 1993 fit tomber la ville qui devint prise de guerre arménienne.
Totalement détruite par les bombardements, Agdam est un non-lieu désolé qui tient encore debout mais dont les habitants ont été 'relocalisés' dans des villes-dortoirs du régime azéri.
Cette cité déserte qui s'offre à la végétation se voudrait l'Ouradour du Caucase. Du moins c'est la volonté des forces en présence. Les Arméniens laissent volontairement la ville dans son état apocalyptique, ils ont tout détruit sauf le cimetière islamique et le minaret de la mosquée, pâles otages des négociations qui eurent lieu entre les républiques ennemies. Comme quoi, la ruine a son utilité...


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Les ruines d'Agdam, 1999 (images de John Pearce)

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Les ruines d'Agdam, l'intérieur de la mosquée avec élevage de porcs, 1999 (images de John Pearce)


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Les ruines d'Agdam, vue du Minaret, 1999 (images de John Pearce)


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Les ruines d'Agdam, capuche pour mine anti-personnelle posée par l'ONU, projet The Halo Trust au Haut Karabakh 1999 (images de John Pearce)


On devrait d'ailleurs imaginer un classement de mauvais goût qui regrouperait toutes les villes abandonnées dans le monde. Trois pourraient se disputer la tiare de plus curieuse ruine. San Zhi sur l'île de Taiwan,  Kadykchan dans le district (ou rayon) russe de Susumansky et la ville namibienne de Kolmannskuppe.
Ces trois villes-champignons illustrent le spectre actuel des ruines qui va de celles provoquées par des conflits à celles qui subissent les conséquences d'accidents ou de changements politico-financiers. Elles n'évoquent plus les vestiges méditatifs chers à Diderot, simplement la fuite et vaguement le retour involontaire d'un Néo-Brutalisme de pacotille.
Fantasmatiques forcément elles prennent une nouvelle dimension. Celle d'un autre genre de fabrique. Une nouvelle ruine-décor, sorte de parc d'attractions mortes, et lieu de tous les fantasmes et de toutes les déceptions, enfin de toutes les reconstructions mentales sur une fin de monde potentielle.

Médaille de Bronze pour San Zhi. Cette cité côtière et champignonesque est à l'origine une station balnéaire construite à la fin des années 70 pour les moyennes et grandes fortunes de Taipei afin de leur offrir un lieu de repos qui va vite se transformer en site cauchemardesque (et pas uniquement à cause de la fibre de verre mal utilisée en revêtement de ces pods). Des séries d'accidents ont en effet lieu durant le chantier de ce village modèle et les rumeurs vont bon train qui sotto voce disent que cette nouvelle ville serait peuplée de mauvais esprits. Il n'en faut pas plus pour stopper les travaux et laisser  le resort rétro-futuriste à l'abandon. La ville de Casper le magnifique ne sera pas ré-exploitée, son promoteur ayant fait faillite et s'arrangeant habilement pour maintenir le mythe de la ville-hantée.
Il ne reste aujourd'hui que des constructions-ovni trop colorées qui pourrissent en attendant d'être totalement effacées d'ici à Janvier 2009.


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Ville-fantôme de Sanzhi, 2006 (merci à cypherone pour les images suivantes)


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L'argent va à la ville minière de Kadykchan qui en aurait eut bien besoin. Abandonnée par ses habitants (employés le plus souvent dans les mines d'étain du district proche de Magadan) à la chute de l'Union Soviétique, le nom de la ville en langue evensk est évocateur: Vallée de la Mort. La grande Faucheuse n'a pourtant pas établit ses quartiers dans la région et c'est la combinaison de salaires non versés et du non-entretien de la ville dans une zone où les hivers sont rigoreux (-40º en plein soleil) qui a fait fuir ses habitants. Une fuite non planifiée d'ailleurs, on pensait sûrement que l'on reviendrait, qui fait de Kadykchan une sorte de Pripyat sans le risque de contamination et la zone de sécurité anti-fuites radioactives.
La ville prend le statut d'archives à ciel ouvert, miroir inversé des villages Potemkine avec sa vie suspendue et son cinéma où le buste de Lénine tient encore debout...



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La ville des rêves perdus, Kadykchan, 2001 (merci à Brusnichka pour les photos ci-dessus)


L'or enfin à la cité du Diamant. Kolmannskuppe est aussi une ville abandonnée, une ruine fantôme du Sud de la Namibie. Fondée en 1908 après la découverte de mines de diamant par les colons, la ville tire son nom de son double-statut: située sur une colline et occupée par les Allemands qui colonisent le pays de 1884 à 1915. C'est aussi à partir de ce moment que la ville dite La Colline du Minier se met à décliner. Malgré son lien ferroviaire avec la ville portuaire de Lüderitz et ses facilités digne de la plus moderne des villes allemandes, Kolmannskuppe s'abandonne finalement au désert. Ne reste que des vestiges d'une des villégiatures préférées d'Heinrich Goering qui devint le gouverneur de ce que l'on appelait le Sud-Ouest Africain allemand. Les maisons encore debout et notamment celle du gérant de la mine, témoignent d'un certain style architectural peu adapté à la région. Qu'importe, de toutes les villes abandonnées passées et à venir, Kolmannskuppe reste celle qui 'personnifie' le caractère Fliegende Holländer des ruines. Condamnées à errer sans bouger, elles ne 'survivent' que par l'intérêt que nous leur portons, belles endormies dont la rédemption serait peut-être le réveil de cette architecture de l'absence reconnaissable en Corée du Nord dans la renaissance (possible?) du Ryugyong...


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la ville de Kolmannskuppe, la maison du chef de mine est encore intacte, seule vestige qui a pu triompher du désert? (photos wiki et flickr)

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Good Morning Pyongyang! Avec en point de mire la domination de l'objet de la défaite...



Pour les toulousains et les non-toulousains, les parisiens et les non-parisiens, bref ceux qui aiment le train, trois événements à dimensions variables mais intéressants: Le lancement de la revue Hypertexte nº2 avec soirée platine au Théâtre Garonne (+ autres rdvs notamment un cool conférence qui porte bien son nom au CAC Colomiers), la foire d'art Contemporain FIAC à Paris et si vous avez le temps, Gardar Eide Einarsson jusqu'au 7 Novembre à la galerie Bugada & Cargnel (anciemment Cosmic Galerie) sur les recoins ambigus de la société... et bien sûr l'immanquable Printemps de Septembre dont nous reparlerons.



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Gardar Eide Einarsson, You Just Don't Get It Dad, So Fuck Off, 2002, vinyl walltext, exhibited in South of Heaven (2007)



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Gardar Eide Einarsson, South of Heaven, 27.07--16.09 2007, Frankfurter Kunstverein, Frankfurt



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