Happy MMXII

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Des vœux en forme d'hommage clin d'œil aux belles couvertures année 1963 de la revue Cinéma. Le numéro 77, paru en juin 1963, posait le personnage d'Angelica jouée par Claudia Cardinale dans Le Guépard de Visconti. Mais c'est le numéro 79 de septembre 1963 qui revient sur ce film en regard de la situation politique italienne; le pays est en plein campagne électorale et Visconti, interrogé par Paolo Spriano, revient sur la thèse fondamentale de son film: il faut que tout change pour que rien ne change...

«--La thèse fondamentale de ton dernier film, LE GUEPARD, a appelé l'attention de toute la critique. une telle thèse tourne autour d'un jugement historique précis sur le développement historique de la société italienne depuis le Risorgimento. Veux-tu nous dire quelque chose là-dessus?
--C'est vrai. La maxime réactionnaire du prince Tancrède, il faut que quelque chose change pour que tout reste pareil, court comme un fil rouge tout au long de mon film. Je ne le nierai pas: en travaillant à l'adaptation du roman de Tomasi Di Lampedusa, puis en tournant le film, j'ai pensé, non seulement au passé, mais aussi au présent de notre pays. Je pense qu'il y a une brûlante actualité dons l'avertissement que, malgré quelques modernisations, tout reste comme avant comme il advint au lendemain de l'entreprise des Mille. Le thème du transformisme comme mal historique italien, de ce transformisme qui a réussi, dans les grands virages d'un siècle entier, à absorber et à déformer les aspirations populaires vers la liberté, est un thème qui est constamment rappelé dans presque tous mes films. C'est pourquoi l'on parle de mon pessimisme. Je me permets d'expliquer qu'il s'agit d'une recherche critique et interprétative des raisons de la révolution trahie, d'un choix conséquent. Mon point de vue n'est cependant pas celui d'une vision anarchique, comme on a voulu le faire croire. Par exemple, mon adhésion à l'action et au programme des communistes italiens est dictée par la conscience qu'en Italie s'est formée une force historique nouvelle, autonome, qui n'est pas corruptible par le transformisme, capable de travailler à dépasser ce compromis stérile et toujours présent entre la droite et la gauche qui, de Crispi à Giolitti, fini par produire le fascisme. Cette force historique neuve a ses racines dans l'unité de tous les travailleurs...»


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(merci à Emmanuel Denis pour cet extrait, paru initialement dans l'Unita le 11 avril 1963)