juillet 2011 Archives

Du Souffle Toujours

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William Hundley, Entoptic Phenomena


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William Hundley, Things I Do In My Garage


Quand la sculpture se modèle par le souffle et la gravité, on obtient ces curieux objets-flottants qui n'existent que par la magie de la photographie. Des images de sculptures donc, des instantanés d'éphémère qui font tout l'intérêt du travail de William Hundley, ersatz d'Erwin Wurm et jeune texan pour qui le quotidien a un seul intérêt: servir de motifs pour ses objets-assemblés. Des fantômes qui revivent par sutures diverses et quasi-surréalistes.


Du souffle et de la boucle

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Guillaume Audet-Limoges, Drum Baloune! (extrait de la vidéo)


Il y a une sorte de plaisir insistant sur cette plateforme à parler de vidéoclips et à tenter de les décrypter (un peu) à d'étranges Lumières. Devant les milliers de productions de ces mini-films, parfois comparables à de la visual music, parfois à des extra-shorts ne manquant pas de densité, on est tenté de vouloir discuter de tout.

Arrêtons-nous pour cette fois sur trois curiosités. Une vidéo de Guillaume Audet-Limoges et Élie Veilleux. Le principe est tautologique: une musique entièrement composée à partir de sons de ballons... et un court film qui ne parle que de souffle et de ces gouttes légères et colorées. Le tout a cet aspect primitif et pop qui retient l'attention mais fini peut-être par produire une boucle un peu trop attendue.

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Holy Ghost!, Some Children (extrait de la vidéo)


C'est aussi le cas pour le vidéoclip, Some Children, de Holy Ghost! pensé et monté par Adam Fuchs. Une animation très after effects dans la lignée des toutes premières productions de l'école Brand New School, qui fait d'ailleurs toujours les belles heures du motion graphics californien. Une animation, donc, qui semble insister sur ses propres influences côte ouest, de la religion très folk et un graphisme proche de la famille des beautiful losers. Le rythme du titre d'Holy Ghost! servant de feuille de route pour un montage suave et organique, dans une méthode très cause-conséquence (ou une suite de boucles qui se répondent sans vraie rupture).


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Young Galxy, Blown Minded (extrait de la vidéo)


À l'inverse, un autre type de fantôme habite la vidéo de Carine Khalifé. La jeune artiste française, maintenant basée à Montréal, réalise le clip Blown Minded de Young Galaxy. Revisitant naturellement la technique de la peinture sur verre, Khalifé crée une ambiance quasi-éthérique et une narration qui pourrait se passer de musique. Une fantaisie d'ondes où traîne une ombre lumineuse à la dérive.

Nous mêmes nous accomplissons une boucle étrange... le titre Blown Minded, si on excepte l'idiome relatif à la surprise excitante, renvoie à la notion de souffle. Un air expiré et inspiré en cadence et qui fait allusion, cette fois, à la musique d'Audet-Limoges. Un souffle enfin qui crée les choses, comme semble le ré-imaginer Fuchs pour Some Children, avec l'apparition d'un dieu barbu et glorieux dans une néo-mandorle ouverte par le portrait-robot de l'unabomber.


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de haut en bas: Carine Khalifé, travaux (2006-2011), Adam Fuchs (extraits de la vidéo Some Children)


On peut ainsi passer d'une vidéo à l'autre, recomposer une sorte de tissage où les liens seraient ces jeux de mots et ces ressemblances évocatrices. Ici c'est le souffle, la poussée, le mouvement qu'il entraîne et le son qu'il génère, par frottement ou contact franc, tous ces petits faits soulevés par trois vidéos qui n'ont en commun que le goût de l'animation expressionniste et street, et celui de la boucle... sonore et visuelle.




Un gang de loups

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Caspar David Friedrich, Das Eismeer, (c.1824)


Sur le site du groupe Wolf Gang, on apprend que le leader, Max McElligott adore les grands paysages, qu'il a grandit avec un père voyageur et historien, et qu'un jour à St Andrews en Écosse, où son père était basé, il s'est accomodé d'un groupe de joueurs de cornemuse pour faire ses débuts de musicien.

On découvre aussi que Max a lâché ses études à la London School of Economics, que sa mère est concertiste, mais que son mémoire de fin d'études à la LSE portait sur le Romantisme et sur l'hypothèse que cette notion soit une construction purement occidentale.
Cette courte biographie sélective pour insister sur le fait que, tout, dans le premier album de Wolf Gang, évoque le cinémascope et une certaine nostalgie accessible par les divers afficionados d'une pop sous influence...

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un curieux essai de mesmerisme? image site Wolf Gang

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Les airs soufflés dans Suego Faults ressemblent, d'après Roland Merz, à une bande-annonce pour série télé sur des aliens perdus dans l'espace. Si on passe sur ses autres critiques, Suego Faults est effectivement le type même du disque bankable mais suffisament étrange par instants pour faire penser à la pépite de l'été. Bien sûr le chanteur a un faux air de Brandon Flowers remixé avec la figure mystérieuse d'un Chuck Bass dopé à la musique de chambre grandiose. Bien sûr les pochettes des vinyls évoquent ce goût contemporain pour le mélange des genres: des fonds très floumeux caspardfriedrichiens, l'adulescence toujours, et les forêts mythiques... Bien sûr, bien sûr...

À regarder le vidéoclip du titre-phare, The King and All Of His Men, on pense d'abord à un remake (avec plus de moyens certes) de celui qui voyait Marc Lavoine et Claire Keim se poursuivre dans un paysage moutonnant, forestier et très plage de Cabourg à la fin.
Ici les deux protagonistes courent en permanence sur la lande et se cherchent désespérement. Les tenues sont chic-eighties pour elle, victoriana office-light pour lui. Si McElligott pensait, à tort ou à raison, que le romantisme était une invention occidentale, ce clip, qui convoque toute une série de clichés mémoriels, petits fragments rapiécés qui évoquent tour à tour Le Grand Meaulnes, les paysages austères de Jane Austen, et la grotte de Louis II, ce clip donc a tout de la madeleine romantique.

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Caspar David Friedrich, Mann und Frau den Mond Betrachtend (c.1835)


Mais un romantisme qui ne serait pas celui des ruines, plutôt un genre alternatif de la fabrique et des reconstructions. Toutes les ficelles sont tirées pour offrir un mini-film plaisant où le héros part dans une quête: celle de l'héroïne. Sans jeux de mots aucun (malgré le Wolfgang-Wolf Gang), c'est bien d'elle, Gossip chick à la dérive, qu'il s'agit. Elle évolue, perdue, dans des paysages oniriques qui ne sont pas loin de ceux inventés, on y revient, par le peintre du sentiment intérieur, C.D. Friedrich.

Cette Alice qui veut voir la mer, court tout son soûl et médite dans des forêts, des vallées à l'herbe grasse, des plages de galets... fragments là-aussi de falaises qui s'effritent aux marées hautes. La vidéo est une longue marche à pas forcés dans la solitude d'espaces immenses pour aboutir à l'horizon sans fin d'un bord de mer caillouteux. Le héros-chanteur nous renvoyant, par intervalles, à des flashs caverneux où il est question de batailles, de rois et d'âmes.

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photogrammes de la vidéo The King and all of his men


C'est la guerre des sentiments qui a lieu par le biais d'un lien Youtube, une guerre fantastique, inventée, lyrique, comme la musique grandiloquente et poppy de Wolf Gang. C'est l'âme des fabriques, mode des tendances qui sournoisement fait son chemin... une énergie infernale passe qui vient forcément du dessous de la terre, de cette caisse de résonnance que métaphorise la grotte-scène d'où McElligott invective en détachant bien les syllabes. Les paysages infra ou supra révèlent des images latérales, mirages quasi fata morgana de sensations provoquées par cette suite marchée et courue.

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Caspar David Friedrich, Das grosse Gehege, 1832

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photogrammes de la vidéo The King and all of his men


Pour Catherine Lépront, Friedrich est le peintre de l'abîme, pour Werner Hofmann il invente le paysage-icône, celui qui n'existe pas mais assemble-rassemble toutes les sensations voulues. C'est aussi le rôle de ce vidéoclip, de volontairement ou involontairement, faire surgir ces figures évocatrices d'un romantisme imaginaire. Mais là où Caspar Friedrich reste le plus fort c'est qu'il n'illustre jamais. Ses batailles sentimentales sont les ombres permanentes qui hantent ses faux paysages. Le vidéoclip et sa temporalité fermée ne peuvent lui emprunter que des thèmes et jouer de la ressemblance épuisante. Reste cette quête qui est le propre du sentiment amoureux... et des romans médievaux. Une initiation sonore qui reste la partie la plus intéressante de cette vidéo.




Houston et la photographie

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couverture du catalogue disponible uniquement à la librairie du MFAH. Avec des textes de P.Bergé, A.Wintour, J.Hart,
J.Newton, M.Heiting, K.Lagerfeld, P.C.Marzio et A.Wilkes Tucker



Anne Wilkes Tucker est la commissaire du MFAH (Museum of Fines Arts Houston). Depuis le 3 Juillet et jusqu'au 25 Sept 2011, elle présente la rétrospective du photographe australo-allemand Helmut Newton. Sous l'égide de Manfred Heiting, un des proches amis du photographe, le show Helmut Newton: White Women, Sleepless Nights, Big Nudes, reprend l'intégralité ou presque des tirages issus de trois livres parus respectivement en 1976, 1978 et 1981.

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Gay Block, G.Block Mother, Before and After Stroke, 1987-1989, 1999


Anne Wilkes Tucker a aussi récemment écrit un essai pour le dernier livre de photographies de Gay Block. Publié chez Radius BookAbout Love est, là-aussi, une rétrospective de près de quarante ans de photographie débutés en 1973. Regard amoureux sur son milieu, portraits, intimité, enquête visuelle et mémorielle sur sa mère Bertha Alyce; les photographies de Block s'accompagnent souvent d'enregistrements audio ou vidéo... manière de prolonger la captation, de saisir par tous les moyens possibles un peu de ce qui n'est déjà plus.


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Gay Block, G.Block: About Love. Photographs and films 1973-2011, 2011 


Dirty Summer

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C'est l'été et avec le soleil et le farniente, le retour des airs tropico-coco. Projetez-vous du côté de la côte Est américaine, à la porte du campus de Yale dans les années 2000. Dave Longstreth y réinvite une folk éthérée et dense à la fois. Produit par les labels les plus curieux comme Domino Records ou Western Vinyl, Dave Longstreth a.k.a. Dirty Projectors vous ravira les oreilles et vous rappelera que si WD a su sortir le Fagela de Here We Go Magic, c'est surtout en soutenant le projet de The Getty Address que l'on a pu découvrir, en 2005, ce curieux assemblage de voix, d'instruments îliens revisités et d'airs déphasés. Bel été!


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