janvier 2011 Archives

Écoutez le cinéma

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Stéphane Lerouge est un passionné de musiques de films. Depuis quelques années déjà il remet au goût du jour et fait revivre ces partitions qui accompagnent les séquences souvent inoubliables du cinéma français et international. Des noms perdus dans les abîmes des génériques remontent à la surface et c'est mérité. Que serait La Nuit Américaine de Truffaut sans la musique de Delerue? Ou les films de Sautet sans les partitions de Sarde?

Sympathiques bijoux sonores d'une mémoire collective parfois versatile, les CD d'Écoutez le Cinéma sont aussi des merveilles graphiques. Le principe visuel mise en place est simple: une ambiance photographiquement évocatrice. Une sorte de lien direct avec le thème de l'album. Les photographies ont ce charme suranné des années 70-80 en ektachrome. Au premier plan une sucette qui présente l'affiche d'époque du film. Comme si une projection allait avoir lieu dans le lieu même. Une mise en situation légèrement schizophrénique mais totalement adaptée.


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The mind-machine (from Bill Jay's Occam's Razor, merci shihlun!)


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Interrogé sur la ligne graphique de sa collection, Stéphane Lerouge cite le travail des graphistes Guerlet et Witz qui, avec leur studio Element-s, sont aux commandes des visuels et de la charte graphique d'Écoutez le Cinéma: « La collection est conçue graphiquement par deux Mozart du graphisme, Gilles Guerlet et Jérome Witz. Par exemple, pour Le Guignolo / Flic ou Voyou de Sarde et L'Armée des Ombres et Le Cercle Rouge de Demarsan, ils ont eu carte blanche. On savait que ce serait eux car ils ont un sens artistique très fort, en plus d'être assez cinéphiles. Ils ont eu l'idée de ce concept pour homogénéiser la collection. Si on s'était contenté de publier les affiches seules, on aurait eu du mal à relier les albums entre eux. En intégrant les affiches dans un décor précis, on voulait montrer que c'était un regard d'aujourd'hui sur le passé. Il fallait que ces éditions ou rééditions se démarquent du 33T qui avait pu être publié à l'époque de la sortie du film. »


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collection Le Cinéma de (reconnaissable au fameux cube photographique)

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collection Le Cinéma de (reconnaissable au fameux cube photographique)


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collection Bande Originale (avec mise en scène et logo dénombrateur!)

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collection Spéciale (avec logo en volume)

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collection Compositeur (la plupart des images viennent de l'excellent site underscores, merci!)


Jérôme Witz et Gilles Guerlet fabriquent donc des décors et le graphisme devient cette manière discrète de recréer un lieu suffisament évocateur pour provoquer le réveil des souvenirs. Sans être totalement décorateurs pourtant, Witz et Guerlet sont plutôt des metteurs en scène d'ectoplasmes. La musique, elle aussi évocatrice, devient la ritournelle entêtante qui sublime ces images fantômatiques. Comme l'explique Lerouge, les visuels de Witz et Guerlet ne sont pas des redites. Ils rejouent plutôt. Et suggèrent plus qu'ils n'imposent. D'une certaine manière ils font penser à ce film Écoute Voir de Hugo Santiago (1978) où les décors renvoient à cette France tranquille au charme bourgeois avec une pointe de je ne sais quoi qui aura fait la force de ces ovni cinématographiques...


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Hugo Santiago, Écoute Voir, 1978 (merci allociné!)


The Wide White Space

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de haut en bas: (wanted: All missing, lost, found, overdue, borrowed, stolen, hijacked publications from the Werkplaats Tipografie library) / Hansje van Halem, Shchrank8 presents Johann Kauth, 2011 / Mevis and van Deursen, Temporary Stedelijk


Merci à Jérôme Dupeyrat d'avoir signalé le nouveau projet du CCA (California College of the Arts) et de Wattis. The Wide White Space explore et interroge les liens qui, apparement reviennent au devant de la scène, du graphiste et du lieu d'exposition. Initié par Jon Sueda, professeur de design graphique au CCA et ancien élève de la CalArts, l'exposition devient caisse de résonance des pratiques marginales des graphistes. On y retrouve les noms bien connus de Dexter Sinister, Will Holder, Sarah de Bondt, Jérôme Saint Loubert-Bié et Yann Sérandour entre autres.

The Wide White Space est une particule éclairante du projet The Way Beyond Art. Gigantesque entreprise qui a démarré au printemps 2010 et qui se clôturera en 2013, The Way Beyond Art est une manière de convoquer les disciplines des arts appliqués et de voir ce qui s'y passe. Le prisme de ce regard étant largement influencé par l'historien de l'art allemand Alexander Dorner.

Dorner avait co-fondé avec le graphiste russe El Lissitzky, le Cabinet Abstrait (The Abstract Cabinet, 1927), un espace qui explorait de nouvelles formes de multidisciplinarité. Si le mot semble légèrement galvaudé hors de son contexte des twenties et thirties avant-gardistes, il sonne comme un rappel de ces aventures à poursuivre peut-être. À comprendre toujours.


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Le Révélateur

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Philippe Garrel, Le Révélateur, 1968


Il faut (re)voir Le Révélateur (1968) de Philippe Garrel. Pour ce plaisir d'un cinéma qui rend hommage à la photographie, au rythme et à l'espace. Filmer en noir et blanc, avec une saturation dense qui confine parfois à l'abstraction, Le Révélateur est muet mais plein de cette sonorité de l'image qui semble vampiriser toute narration.

Le film est une quête visuelle. Philippe Beer-Gabel nous apprend que c'est en voulant suivre l'exil germanique de Daniel Cohn Bendit que Garrel s'oblige à une prise de vue illégale dans la Forêt Noire allemande et filme une histoire, prétexte à un hommage appuyé au cinéma primitif dans des conditions égales (éclairages sommaires grâce aux phares automobiles, etc.).

Le tout laisse une impression oscillant entre la pure vivacité et la sensation de voir des revenants pris au piège d'un enfant exigeant. La caméra écrivant et décrivant le passage de l'un à l'autre. De ce rythme nécessaire et de cette contemplation toute fantômatique.


Le Club des livres

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Hemingway, Les Neiges du Kilimandjaro, 1957


La galerie Anatome présente en ce moment une excellente exposition sur la collection amoureuse d'Étienne Robial. Ancien directeur artistique de Canal Plus et fondateur des Éditions Futuropolis, Robial expose ici ses trésors de papiers.

271 livres qui sont autant de traces de l'activité des divers Clubs de qui naquirent sous les auspices d'une France en pleine croissance des Trente Glorieuses et prête à se reconstruire. Les bibliothèques privées s'étant dégarnies pendant les années de guerre, le modèle du book club et du livre acheté par correspondance devient donc à la mode.

Les Français font preuve d'un esprit innovant graphiquement et des figures comme Pierre Faucheux ou Massin deviennent les directeurs artistiques fantasques et talentueux des Clubs du Meilleur Livre, Clubs des Éditeurs, Club Français du Livre, Club des Libraires de France, etc.


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Pierre Boulle, Le Pont de la rivière Kwai, 1953


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Henri Bosco, Le mas Théotime, 1957


Ces livres s'attachent autant à la forme qu'au fond. Et si on peut regretter que la reédition fut monnaie courante pour bâtir les catalogues des Clubs, il faut aussi se rappeler de l'énorme travail d'archives fait, par exemple, par Carlier pour Le Club du Meilleur Livre (Gallimard). Le livre de club devint l'écrin visuel d'une expansion de la lecture à ses alentours directs. Il ne suffisait pas de reproduire les lignes d'un auteur mais de rentrer tout entier au coeur de son oeuvre.

C'est ainsi que l'on voit fleurir des extraits de manuscrits, des commentaires actualisés, des photgraphies. Le tout cadencé dans les pages sous un rythme proche du cinéma. C'est d'ailleurs Massin, directeur artistique du Club du Meilleur Livre, qui aura cette phrase révélatrice: « Nous étions influencés par le cinéma, nous avons fait des pages de titre comme des génériques de film, avec des effets de zoom et de traveling, en osant ce que les autres clubs n'osaient faire ».




Les livres se séquencent, les pages se font écrans et un nouveau langage visuel titille les possibilités techniques en imposant le style de graphistes prêts-à-tout. Jamais le livre n'aura autant été proche du cinéma dans l'occupation de l'espace et son activation. Les couvertures des livres de clubs se pensant comme autant de clins d'oeil à l'affiche de cinéma et au cinéma lui-même puisque c'est souvent de toile que le livres se parent. Mais nous en reparlerons...


La Phonographie

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matériel d'enregistrement dans le coffre arrière de la voiture de John Lomax (image via echo.ucla)


La phonographie, plus connue sous le nom anglais de field recording, est un terme générique employé pour décrire tout enregistrement fait hors d'un studio d'enregistrement Elle a ses maîtres dont le plus connu est John Lomax et, proche de nous, Kim Hiorthoy.

John Lomax parcourait ainsi les États-Unis pour capturer les sons du folklore régional. Il a pu catalogué des centaines de sons qui se seraient perdus, et révélé de futures gloires de la folk et du blues américain.

En 2008 c'est l'artiste Yannick Dauby qui organise sur l'archipel du Frioul, près de Marseille, un projet de phonographie collective et d'enregistrements entre musique concrète et sons du quotidien. Ou comment écrire la mémoire sonore.


Album et Résurgences

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documentation céline duval, Horizons, 2007 (vidéo, 8 min, Frac Basse-Normandie)


Très belle exposition à la plateforme de Muret qui décidément propose une programmation toujours aussi alléchante. Le vernissage de Album, Résurgences de la photographie familiale dans l'art contemporain aura lieu le 13 Janvier 2011 à 18h30. Soyez-y!

«L'image, qu'elle soit télévisuelle, journalistique ou publicitaire est omniprésente. Elle recadre, réduit, sélectionne l'information offrant une vision transformée de la réalité. Des artistes contemporains choisissent de s'approprier ces images existantes, Parmi cette production iconographique, certains rassemblent des clichés d'amateurs qu'ils se réapproprient dans le but d'interroger les expériences auxquelles la photographie familiale soumet le spectateur. Comme souvent dans le cas de la photographie amateur, ces archives visuelles présentent des situations convenues aux sujets répétitifs, dont se jouent les artistes.

Documentation céline duval collecte, sélectionne, classe, numérise et juxtapose cette matière visuelle pour en révéler les stéréotypes et les récurrences. Catherine Poncin re-photographie pour les actualiser des tirages confiés par des familles qu'elle a rencontrées. Les photo-broderies de Flore Gardner sont d'anciennes photographies sur lesquelles elle brode des motifs. Enfin, Vincent Girier-Dufournier intervient directement sur les clichés de son propre album de famille.»

Exposition du 11 au 03 Mars 2011. Commissariat d'exposition Lilian Froger, doctorant en Histoire de l'art et Julie Martin, Plateforme d'Art de Muret.


WORKSHOPS 3

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© image/oldbookillustrations


La semaine du 17 au 21 janvier sera celle des workshops de Laurent Tixador, Sarah Ritter et Brave New Alps. Vous serez répartis en trois groupes. Présentations lundi 17 Janvier à 9h30, en salle de dessin/couleur (à confirmer). On se retrouve donc à 9h00 dans les hall de votre chère école. Cette semaine est obligatoire, intense, superbe, exploratrice, etc. Merci!


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infos:
workshops_ESBAT_intervenants2011.pdf


P#4

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PROJET IV (10/01)

Vous trouverez ci-dessous le lien pour télécharger le PDF du projet#4: Lego/Logo. Le mot de passe est (logique) et disponible en cours.

Ce projet se fait en solo et sur Illustrator principalement. Vous trouverez des infos complémentaires en visitant les archives de Merci Georges, nous en reparlerons.


Sujet4_2011_.pdf




• RENDU PROJET II

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Entrons dans la nouvelle année par les présentations forcément magnifiques de vos deux vinyls (trois pour ceux qui ont travaillé en trinôme)! Le rendu aura lieu lundi et mardi (10-11 Jan) selon votre groupe.

Pour rappel: le rendu se compose de deux vinyls (recto verso) en noir et blanc ou couleur ainsi que de vos recherches sur les alphabets et de l'énoncé de vos listes initiales et complémentaires.