décembre 2010 Archives

MTV répétition & décalage

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Trois vidéoclips de 2010 revisitent le low tech, la répétition et le décalage. Dans une espèce d'ode nostalgique, peut-être critique aux années 80-90, voici des micro-films qui vont généreusement revoir du côté des films d'horreur pour geek, du documentaire à la Teller - ce mélange de réalisme joué et de cadrages à la Bresson sur des gestes précis, et enfin des animations-collages sur fond bleu.




Melina Matsoukas réalise le clip de Rihanna, Rude Boy. Le montage met en scène la chanteuse des Barbades dans des arrières-plans au graphisme jamaico-britannique qui lorgne parfois du côté de Haring. On retrouve les motifs des tee-shirts de plage, le fluo et le décalage de couches, c'est précis, référencé, et si Matsoukas a fait ses études à la NYU en mathématiques, elle a vite rejoint le département film et vidéo qui lui a offert un terrain d'expérimentation efficace.




Alex Markman, certainement fasciné par le docu-fiction filme ici, en plans de plus en plus rapprochés, les gestes et les paroles de Twin Shadow, aka George Lewis Jr, Dominicain d'origine et qui a vécu en Floride ensoleillée avant de joindre l'underground new-yorkaise. Dans un interview mené par Victor Thimonier pour Magic, Lewis Jr explique que ses influences sont intemporelles et lorgnent surtout du côté de la littérature et du cinéma. D'ou un clash fascinant entre un musicien qui aurait l'air de sortir tout droit d'un film des années 50 et un décor plus cave habitée des années 80. Markman définit cette friction temporelle en jouant lui aussi des codes et du décalage, la piste son étant légèrement en avance sur celle de l'image. S'ensuit l'impression d'un playback qui est aussi cette manière de rejouer les choses.




C'est apparement complètement par hasard que les membres de Hot Chip ont demandé à l'acteur Peter Serafinowicz de réalisé le vidéoclip de leur titre I Feel Better, parodie de boys band avec toute la gestuelle ad hoc et les codes de quatuor masculins pour jeunes adolescentes des nineties. On retrouve donc les types attendus: «you have to have the tough guy, the cute one, the suave one, the one who takes his top off». Serafinowicz joue de cet autre décalage qui a porté aux nues des ersatz d'Apollon laissant de côté les laids chauves et maigrichons. Sa culture pop étant large, on ne s'étonne pas de reconnaître les traits du personnage de Mr Burns des Simpsons qui revient ici en super-bad-guy et sera adoré parce que la scène permet tout. Mais c'est sans compter sur un final ridicule fait de lasers et de bouche grande ouverte...


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haut: Bombay (dir. N.Mendez) et bas: Runaway (dir. K.West)


Dans cette espèce de goût pour le rétro-futur, nous parlerons une autre fois du mini-film de Kanye West, Runaway, où les références à E.T. (1982) et autres sont nombreuses; comme si le clin d'oeil, pour la génération actuelle des trentenaires, était forcément indispensable. Sans oublier la vidéo de Nicolas Mendez pour Bombay, d'El Guincho: des cassettes audio en passant par les femmes dorées, les bulles et les jeunes filles en fleur s'embrassant, c'est toute l'armada de l'imagerie des films de série B et de TV shows qui est ici convoquée.


Robert Breer

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Robert Breer, Sans Titre, 1960, dessin au feutre sur papier (image via gb agency et l'Oeil nº631 - merci!)


Breer2.jpgRobert Breer, Floats (1970), Osaka (Japon); photo: Shunk-Kender (via acasculpture - merci!)


L'exposition Robert Breer, sculptures flottantes se tiendra jusqu'au 27 Février 2011 au CAPC Bordeaux. Alexis Vaillant le commissaire de l'expo présente les «objets en mouvements» (les Floats) de cet artiste américain qui a pratiqué la figure de l'entre avec richesse et astuce. Un texte éclairant d'Elisabeth Lebovici, recommandé par l'excellent site Acasculpture, revisite le travail de Breer.

Si les sculptures flottantes ont fait connaître Robert Breer, il est savoureux de se replonger dans ses films expérimentaux, mécanismes brillants d'animations en stop-motion influencées par les avant-gardes du début de l'autre siècle. Jackie Leger nous apprend que le père de Breer fut l'ingénieur de la Chrysler Airflow en 1934. Ceci explique sans doute un peu du goût eclétique de Breer et ses bricolages de génie.



Robert Breer, 69, (1968)



Robert Breer, 70, (c.1969)



Waterfall

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waterfall.jpg                                                Waterfall, Pocket issue, 2010 (photos Charlie Engman)


Waterfall est un magazine qui tente de connecter l'art avec les expériences du quotidien. Faisant de la routine une exception, Waterfall est un imagier de l'everyday life. Des illustrations et des photographies, mises en scènes évidentes qui tentent de redonner son intérêt au jour le jour...


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Waterfall, What's Your Function in Life? issue, 2009 (photos Silke Koeck)




C'était Noël aux braises...

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Victoria Principal as Pamela Barnes Ewing in Dallas episode 115, Barbecue Three (1982) (image via VPF)


Le feuilleton Dallas a été diffusé pour la première fois en 1978 sur la chaîne CBS. Crée par David Jacobs, il raconte les péripéties de la famille Ewing, totalement atridienne, et propriétaire du ranch de Southfork (la fourchette du Sud pour les anglophones).

Si une des choses amusantes à noter est la présence au générique de Barbara Bel Geddes, la fille de Norman qui bâti la cité du futur pour General Motors à la New York World's Fair de 1939; ou encore le fait que la série est une des premières versions de telenovelas à la sauce américaine; ce qui est moins connu est le rôle qu'y joua un évènement social typiquement texan.


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Le barbecue des Ewing a ainsi scandé les 14 saisons et les 357 épisodes de la série. Généralement diffusé aux alentours de Noël, l'épisode du fameux barbecue peut être vu comme une fête quasi-syncrétique du cochon, du pétrole et du dollar, mais aussi et surtout un grand théâtre, plateforme des intrigues passées et à venir.

C'est au barbecue dit originel, celui de 1951, que la dramaturgie de l'histoire des Ewing (et de leurs ennemis les Barnes) se met en place. À partir de là tous les barbecues seront numérotés n+1, tradition des scénaristes et enterrement de première classe de la fête de Noël qui est la grande absente de ce show célébrant, sur presque vingt ans, la gloire des reaganomics, du whiskey, des permanentes et des stensons...



Joyeux Noël quand même!


P#2 APPENDIX-C

PROJET II / Appendix-b

Pour ce projet vous avez à travailler sur le format du LP33 ou 33 Tours. C'est un carré évidemment. Et composer dans un carré ce n'est pas si évident. Si vous faites un tour sur le site-satellite de Shashin, vous pourrez vous abreuver de merveilles collectées dans diverses brocantes, fond de greniers, fonds de collectionneurs... comme par exemple l'album célébrant le mariage de Yoko et John. Ou le vinyl transparent de Farenheit 451. Ou encore l'album Worried de Shrigley. Et bien sûr The Red Crayola par Albert Oehlen.

Il y a donc mille-et-une façons d'activer cet espace équilibré et totalement neutre. Dépliez-le, multipliez-le, jouez du recto et du verso, de ce qui traverse, de l'oeil de boeuf central, etc. Il n'y a pas que le langage typographique sur lequel vous travaillez mais aussi le vocabulaire spatial de la surface carrée. Allez-vous saturer, jouer les équilibristes, rester neutres, etc.? À vous de balancer voire de déséquilibrer les choses pour plus d'intérêt. Au boulot!


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John & Yoko, The Wedding Album (image Shashin, merci!)


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de haut en bas: Noodles Worried de Shrigley / The Red Crayola de Oehlen / Farenheit 451 (unknown)
(images Shashin, merci!)



Taryn Simon

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Taryn Simon, Cryopreservation, Cryonics Institute, Clinton Township, Michigan


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Taryn Simon, Playboy Braille Edition


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Taryn Simon, White Tiger (Kenny)


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Taryn Simon, The Central Intelligence Agency, Art CIA Original Headquarters Building Langley


En 2007-08 avait eu lieu au MMK (Museum für Moderne Kunst) de Francfort une exposition fantastique de la jeune photographe américaine Taryn Simon. AN AMERICAN INDEX OF THE HIDDEN AND UNFAMILIAR est une sorte de wunderkammer de la mythologie américaine. De l'édition en braille de Playboy en passant par Kenny le tigre blanc génétiquement modifié jusqu'au chambres de cryogénisation contenant les corps de Rhea et Elaine Ettinger (mère et première épouse de Robert Ettinger, pionnier de la cryogénisation et auteur de Man into Superman), Taryn Simon nous donne à étudier une Amérique de l'angoisse et du contrôle. Ces objets d'études sont de la famille que l'on dissimule ou qui restent cachés. Pourtant les formes que photographie Simon sont séduisantes comme l'interdit. Une vision décryptée de l'invisible d'un pays-continent qui cherche à désespéremment rester moderne.

Et pour ceux qui lisent l'anglais, un très bon texte de ArtTatler (merci!): «In An American Index of the Hidden and Unfamiliar, Taryn Simon documents spaces that are integral to America's foundation, mythology and daily functioning, but remain inaccessible or unknown to a public audience. She has photographed rarely seen sites from domains including: science, government, medicine, entertainment, nature, security and religion. This index examines subjects that, while provocative or controversial, are currently legal. The work responds to a desire to discover unknown territories, to see everything. Simon makes use of the annotated-photograph's capacity to engage and inform the public. Transforming that which is off-limits or under-the-radar into a visible and intelligible form, she confronts the divide between the privileged access of the few and the limited access of the public. Photographed with a large format view camera (except when prohibited), Simon's 70 color plates form a seductive collection that reflects and reveals a national identity.»


Okay Studio

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Jorre can Ast, clamp-a-leg

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tomas alonso, mr light / mathias hahn, copper lantern

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jordi canudas, light meets chocolate

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les gentils membres de okay studio (images via designboom)


Okay Studio est une structure collaborative dont les membres sont tous plus ou moins issus de département de Design Products du Royal College of Art. Véritable suite de plateformes-laboratoires, le DDP du RCA est une mine pour ce design décomplexé, critique et inventif revendiqué par des professeurs comme Noam Toran et Martino Gamper ou Jurgen Bey.

Les membres d'Okay ont chacun leur pratique, et un peu comme Hato, ils se retrouvent pour initier des projets parallèles à leurs commandes. Shay Alkalay, Tomas Alonso, Jordi Canudas, Mathias Hahn, Peter Marigold, Yael Mer, Oscar Narud, Hiroko Shiratori et Jorre van Ast sont donc des designers encore à suivre!


Hato Press

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Fount, edited by Adam Cheltsov, Jackson Lam, Patrick Lacey (åbäke) and Jérôme Rigaud (electronest)
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Human Printer by Louise Naunton Morgan
all images via Hato website (thanks!)


HATO PRESS est une jeune structure anglaise crée par Jackson Lam, Ken Kirton et Louise Naunton Morgan. Chacun développe sa propre pratique mais les trois se retrouvent donc pour diriger HATO, une maison d'impression et d'édition. Moyen de collaborer mais aussi de s'auto-éditer, le principe d'HATO reflète la tendance actuelle du self-publishing notamment grâce à des outils de plus en plus bon marché (vive eBay!). Ainsi HATO est l'heureux propriétaire d'un photocopieur/imprimeur Risograph RP 3700. Celui-ci vous permettra de réaliser vos projets si un jour l'envie vous prenait de demander les services de cette sympathique structure.


Yannick & Thomas

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À inscrire sur vos tablettes, la conférence détendue de Yannick Bouillis et Thomas Buxó. Ce mercredi 15 Décembre à 18h aux beaux-arts de Toulouse. Yannick Bouillis est un éditeur hyperactif et généreux. On lui doit la récente foire OFFPRINT à Paris dont Thomas Buxó était le graphiste talentueux. Les deux sont installés en Hollande, patrie de l'imprimé et des initiatives excitantes! C'est donc à un dialogue riche autour de l'édition que nous invite les deux compères. À ne rater sous aucun prétexte! Merci!

plus d'infos:
temporary Shashin // Shashin books // IW with Yannick Bouillis by Fabio Severo


Brunette & Blondie

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photogramme de Mulholland Drive (dir. David Lynch, 2001)

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Jusqu'au 16 Janvier 2011 se tient à la Cinémathèque française l'exposition BRUNE/BLONDE. Conçue par Alain Bergala, l'exposition aux thèmes explicites (le mythe, histoire & géographie de la chevelure, le geste de la chevelure, la chevelure au coeur de la fiction, vers l'abstraction) revisite une histoire du cinéma du côté capillaire.

De la vamp chevelure corbeau à la fermière blonde, le dialogue s'ouvre entre les influences réciproques du cinéma et de la vie. On apprend ainsi qu'Hollywood cristallisa durant longtemps la vision de la dark lady brune et de faire l'apologie de la blondeur innocente avant finalement, et de manière ambigue, de faire de la blonde l'une des figures de méchantes du canon hollywoodien.

Apanage principalement féminin, la chevelure est un mythe fondateur du cinéma. Il suffit de se rappeler de Vertigo d'Hitchcock où le tourbillon et l'hélice se reflètent dans le chignon sophistiqué de l'héroïne, pour comprendre qu'elle n'est pas uniquement accessoire mais véritable élément identitaire.

Un très beau documentaire d'Alain Bergala est, je crois, encore visible sur Arte (dépêchez-vous!). La bande-annonce est alléchante!




Dali Disney Destino




Destino est selon Fluctuat: «un dessin animé croqué par le maître espagnol en 1946 et qui n'avait été réalisé par les Studio Disney qu'en 2000: En 1946, lors d'un dîner organisé par le boss de Warner Bros de l'époque, Dali rencontre Walt Disney et lui propose de réaliser un film d'animation. A l'époque, le Catalan considère le père de Mickey comme un maître, un doctor es subversion à l'égal des Bunuel, des Marx Brothers, des Cecile B. de Mille. Walt Disney accepte et Dali, qui venait de finir les décors du film La Maison du Dr Edwards de Hitchock, dessine, peint et croque quelques 150 planches du story-board.»

Lire le très bon article sur Télérama pour en savoir plus sur ce projet qui aura patienté plus de 60 ans avant de voir le jour et d'être diffusé principalement dans des festivals et sur la toile, nouvel espace de monstration...


L'Atlas

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Aby Warburg, Mnemosyne Atlas, panneau (1925-29)


Il faut absolument prévoir d'aller voir l'exposition que consacre Georges Didi-Huberman au travail d'Aby Warburg. Atlas, How To Carry the World of One's Back a lieu au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia du 26 Novembre au 28 Mars. Un séminaire intitulé Fuge of Ideas: Passion, Knowledge and Memory in Any Warburg's Theory of the Image aura lieu les 4 et 5 Mars. Fatalement inévitable!