novembre 2010 Archives

The Sound of Fonts

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images via upscaletypography (merci!)


Un livre qui ne date pas d'aujourd'hui mais de cet été et qui présente les travaux de graphistes ayant joué du lien évident entre typographie et son. Typo Lyrics est une petite bible curieuse qui donne envie de se replonger dans les expérimentations du son et de la lettre.

Ainsi du projet Sonic Wave Typeface initié par Edgar Walthert qui visualisait par fréquences sonores les 26 lettres de l'alphabet. Ou encore le projet de Giulia Bruel qui pour son diplôme pennighien a voulu «la création d'un double langage sonore et visuel: des sons associés à des lettres, des lettres associées à des sons, liés par le temps. Ce système de typographie sonore propose diverses finalités comme la représentation sonore et visuelle d'une conversation, d'une phrase, de mots... Les interprétations varieront selon le temps, l'intonation, l'esthétique ou la mise en page. Comment faire interagir le public avec ce nouveau moyen de communication? Comment le faire accéder à cette expérience de typographie sonore? Des pages virtuelles qui tournent au rythme des pages réelles, les contenus imprimés et statiques du livre prennent vie. Comment accéder à cette typographie sonore? Les lettres s'élèvent lorsque nos doigts les effleurent sur les pages. Un nouvel ouvrage entre livre, objet et virtualité.»


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Edgard Walthert, Sonic Wave Font

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deux images précédentes via le site de Giulia Bruel (Penninghen)


Plus curieux car peut-être moins sonores (quoique), les créations de HandMadeFont (HMF) qui sont pour le moins amusantes. Mais qui n'arrivent pas à la cheville techno-geek du typographic synthetiser, outil excentrique qui marie son et caractère pour apporter toute une nouvelle palette de formes aux lettres de l'alphabet. Les commandes du synthé influent sur cette forme, sa profondeur, le corps du caractère. Il suffit d'écouter MeekFM pour s'en apercevoir. Ou plus prosaïquement regarder les sites de Rob Meek et Frank Müller, les créateurs de ce petit bijou typosonore.


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HMF, the curve font

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HMF, the blowup font


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P#2 APPENDIX-B

PROJET II / Appendix-b

Pour poursuivre dans la liste: une très amusante vidéo du studio Belge PleaseLetMeDesign (PLMD) qui a décidé de mixer conduite automobile et dessin de lettres. Comme quoi tout est possible! Puisque nous parlons de typographie, merci à Léa de m'avoir indiqué un événement forcément inratable si vous êtes du côté d'Albi: Le Type Directors Club y présente l'excellence de la typographie (rien que ça) avec notamment une conférence de Jean-François Porchez sur «Les Mystères de la Typographie Élucidés» (jeudi 2 Décembre à l'Université Maison Multimédia). Vous pouvez lire le dossier de presse de l'évènement à cette adresse.


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PLMD, IQ font, voir la vidéo


Certains d'entre vous travaillent en particulier sur le traitement de données. La liste (les listes) étant elles-mêmes une source inépuisable de ces données, il serait judicieux que vous jetiez un oeil attentif aux recherches d'Edward Tufte ainsi qu'à la merveilleuse «liste» produite par le site Infosthetics.com sur tout ce que le monde de la data visualisation peut offrir. Where Form Follows Data est la devise des bloggueurs de Information Aesthetics et je ne résiste pas à vous en montrer un très joli exemple avec le travail de Lee Byron qui a un jour décidé de visualiser les playlists qu'il écoutait (plus de détails sur son site).


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images via Lee Byron (merci!)


De son côté la graphiste Sophie Lepinoy, installée à Londres, s'est amusée à ramasser les fameux élastiques rouges que laissent traîner les postiers anglo-saxons. De ce patient glanage visible sur son site est né l'alphabet Bandific...


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Intéressant aussi le travail fait par Thea Harmen pour le concours initié par le Musée Suédois d'Arts Modernes (Moderna Museet) et qui incitait designers et graphistes à revisiter le travail du surréaliste Max Ernst.

Thea a joué de la trace et du frottage sur différents types d'objets pour produire une typographie à la limite de l'illustration et du collage en surfant avec le principe de texture qu'offre les techniques de transfert. C'est aérien et élégant.


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Un autre hommage aux surréalistes et à leurs cadavres peut aussi s'apercevoir dans le travail de Therese Vandling. Si la typographie rappelle le corps alors les cadavres que proposent Therese sont exquis. Entre jeux de collages et rappels historiques, son projet de fin d'études au RCA intitulé The Unfinished Body est une suite d'images en lettres qui racontent des petits mondes démoniaques.

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Du cadavre on glissera facilement au sado-masochisme et cet intriguant projet de Thijs Verbeek d'une typographie en peau pincée. Alfabet in Huid est comme un hommage déguisé à la chirurgie esthétique et à la peau tendue, et on souffre en se demandant combien de temps les modèles volontaires ont pu poser pour cette typeau... (joli!)


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Mais vous pouvez toujours vous éviter tortures et autres tatouages-en-mode-pli si vous travaillez aussi sur les déformations multiples que peut subir un caractère typographique. Ainsi des expérimentations de François Olivier qui grossit l'ombre portée d'un caractère gras pour n'en garder que l'aspect architectural et rendre ainsi la lisibilité plus complexe mais néanmoins plus savoureuse...


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images François Olivier (merci!)


Les graphistes magnifiques d'Abäke ont aussi poussé l'inventivité à un sommet épique en créant une machine-à-faire-des-lettres-en-japonais. L'alphabet Katana est ainsi obtenu en passant ses bras dans les interstices d'un grand panneau de tissu noir tendu. Un autre de leur travail insiste sur la figure du parasitage pour introduire subrepticement ou carrément des caractères de leur Slow Alphabet dans les pages de magazines. Mais c'est surtout le projet Rayograph qui remporte la palme dans ce long listing des possibilités. Alphabet en verre crée à l'atelier Finlandais de Iitala Nuutajärvi, le poster Rayograph est la simple photographie-rayographique (du procédé inventé par Man Ray dans les années 20) de cet alphabet: «La technique du photogramme consiste à obtenir la trace d'un ou plusieurs objets posés à même du papier photosensible ensuite solarisé. Les paradoxales ombres blanches obtenues par ce mode primaire de photographie sont perçues par les surréalistes comme la trace énigmatique des choses, un précipité de sur-réalité.»


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images Abäke (merci!)


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Man Ray, Rayographe, 1923 (Tirage argentique, signé et numéroté (n° 23), 29,5 x 24 cm
BnF, Estampes et Photographie. Ep 11 (2) bte Fol. (n° 67). Acquisition auprès de Man Ray, 1958. (c) Man Ray Trust / Adagp, Paris 2005.)



P#2 APPENDIX-A

PROJET II / Appendix-a

Voici quelques exemples (sous forme de liste visuelle non exhaustive!) de travaux autour de la typographie, le plus souvent expressive. Observez le travail de cohérence et en même temps de surprise dans la façon de dessiner les caractères. Des trouvailles splendides du studio M/M Paris aux caractères trouvés de Paul Elliman en passant par la typographie automobile des fantasques PLMD, vous constaterez que tout est possible et que le signe typographique peut aussi bien réagir au matériau qu'il décrypte et inversement.

Pensez donc à bien définir la liste sur laquelle vous travaillez et évitez de tomber dans la bête illustration. Plus vous serez précis plus votre inventivité sera efficace. Je vous rappelle également que vous avez deux pochettes vinyl à réaliser et que celles-ci sont recto-verso.


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Paul Elliman, typeface (Objects With a Void exhibition)


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Paul Elliman, bits typeface (à partir d'éléments trouvés)

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Paul Elliman, alphabet (évident et brilliant!)


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Manuel Raeder, Chewing Font (caractères crées en étirant des morceaux de chewing-gum sur la vitre d'un scanner et en
en redessinant les contours)




le vidéoclip du groupe Air pour Playground Love, bande-originale du film The Virgin Suicides
de Sofia Coppola. Un écho amusant à la typographie de Manuel Raeder mais aussi au générique du film crée par Geoff McFetridge.


7182513_gal.jpgGeoff Mcfetridge, générique du film The Virgin Suicides


Philippe-Apeloig-The-Poster.gifPhilippe Apeloig, The Poster



une typographie qui joue sur le mythe du détective et du serial killer...


25ae832f7b2be7f30292fd8100b893bf.jpgMarta Mastalkova, Karamel Sans, une typo faite à partir de 1kg de sucre, 1dcl d'eau et une assiette en verre...

SHOE-ALPHABET_TPV21.gifOscar Diaz, X-Mas thoughts (où quand les designers inventent des caractères curieux...)


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c8d11a2f1b3a7760319938df59686cba1.jpgquand on s'ennuie en Suisse on crée des caractères en fil de laine (pour les journées portes ouvertes de EikonEMF)
(images via typography served)


heperile2.jpgRaymond Hains et Jacques Villeglé, couverture du livre l'Hépérile Éclaté à la typographie
totalement déformée au travers de l'eau d'un verre...


Z.JPGM/M Paris, Alphamen (lettre Z)


bg_1_a.jpgM/M Paris, Alphawomen (A, Anne-Catherine)

Mmparis_alphabet.pngM/M Paris, The Alphabet


MMParis.jpgM/M Paris, Alphabet Stools


img_0818.JPGAdam Hayes, caractères de caractères

adamhayes-machine-of-desire.jpgAdam Hayes, A Machine of Desire


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La typographie des écrand digitaux a servi de base à la création d'un alphabet alien pour le film Predator...


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sagmeister.jpgStefan Sagmeister, caractères retrafiqués avec des éléments et des aliments du quotidien... où comment le point de vue crée le caractère!


2017720_reviewwo01CraigWardFL0271_copy-1.jpgCraig Ward, Hirsuta (sans commentaire!)


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Bela Borsodi, lettres


De la totale lisibilité au flou artistique il y a donc des seuils que vous traverserez dans le grand territoire de la typographie dite «ornementale» ou de titrage (display font). Celle-ci peut être exhubérante, astucieuse, truquée, éloquente, et je ne peux que vous recommander la lecture de l'opus de Steven Heller et Gail Anderson habilement intitulé Decorative Lettering in the Digital Age.

Il en va pourtant bien plus que de la simple geste décorative dans les exemples ci-dessus. Chaque caractère fait corps, littéralement, avec le contexte dans lequel ou pour lequel il a été crée. C'est aussi votre cas alors ne freinez pas vos élans, restez dans le thème et amusez-vous en inventant règles et protocoles!


P#2

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PROJET II (15/11)

Vous trouverez ci-dessous le lien pour télécharger le PDF du projet #2: The Playlist / Rejouer la liste. Le mot de passe pour ouvrir le PDF est disponible en atelier 106, pavillon Labbé, premier étage, sur le tableau blanc magnétique en vénilia, écrit au feutre velleda vert.

Pour ce projet vous travaillerez en binôme. Il est donc plus que recommandé que la semaine prochaine vous ayez choisi votre camarade de jeu. Merci!

Pour ceux et celles qui n'ont pas encore présenté leurs projet I, vous le ferez également la semaine prochaine. N'oubliez donc pas d'amener vos formats A1.


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Je suis dans le pneu

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Rubber (dir. Quentin Dupieux) 2010


On le décrit comme un film totalement barré, une petite folie, un non-sens proche des absurdités de Debord. Mais voilà, est-ce que Debord était absurde? Est-ce que la folie est toujours un non-sens? Il faudra se poser ces questions en allant voir RUBBER, le dernier film de Quentin Dupieux plus connu sous son avatar de Mr Oizo.

Un film de pneu tueur, dans un désert où des spectateurs qui ne sont pas nous, regardent le film se dérouler. Une étrangeté donc, un objet qui aurait pu rester au stade de l'ovni-tendance mais qui laisse flotter un air de performance dégagée de toute intention. Un film d'amour aussi. Et que peut faire un pneu amoureux à votre avis?




Kesselskramer

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Kesselskramer est une maison d'édition qui aspire à faire les choses différement dans le domaine de la communication. On ne s'étonnera donc pas trop que leur site web célèbre la technique du xeroxing-avec-couvercle-ouvert. Kesselskramer est aussi une boutique-slash-gallery-agence de communication sis à KK Outlet dans le quartier hipchic d'Hoxton Square.

Un des leurs projets les plus rigolos se traduit par un catalogue de photos trouvées: IN ALMOST EVERY PICTURE se veut comme une revue de l'usage vernaculaire de la photographie. Ces milliers d'images faites par chacun de nous et qui n'évoquent de réels souvenirs à personne... simplement des fictions revues et réinventées en permanence.


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In Almost Every Picture #9 (2010)


Le dernier numéro de IN ALMOST EVERY PICTURE est l'histoire en images d'un chien de bonne famille. Un chien noir que ses propriétaires se sont évertués à photographier dans tous les décors de leur vie de famille. Ce chien est comme un vide aspirant, ce n'est pas le punctum de la photographie mais plutôt l'élément de classification. Celui qui aimante entre elles les images de cette série présentée dans le 9ème opus de IAEP.

On repense alors au travail de Hans-Peter Feldmann, collecteur d'images ou encore à celui de Ludovic Burel co-fondateur des éditions :IT. Cet intérêt pour le livre d'images est intéressant à une époque où la photographie numérique surcharge nos supports de mémoire et déborde sur le territoire infini du web. Des images en attente de tri par des internautes de plus en plus émancipés...


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Lucas Cranach l'Ancien, Les Trois Grâces, c.1531


Le Louvre se lance dans une opération qui est la première fois où cette institution muséale va faire appel aux dons public pour appuyer sa campagne d'achat de l'oeuvre de Lucas Cranach l'Ancien. Les potentiels mécènes ont jusqu'au 31 Janvier pour faire leur don qui viendront s'ajouter aux trois quarts de la somme déjà réunis par le musée.

La campagne pour les Trois Grâces est donc ouverte et on nous annonce déjà qui si la somme totale n'est pas acquise d'ici fin Janvier alors l'oeuvre partira ailleurs, ne sera peut-être jamais visible. Elle était pourtant déjà dans cette état d'invisibilité que forcent les collections privées, et ce depuis 1531. Son dernier propriétaire, Français, gardait également les Trois Grâces pour son plaisir personnel.

Et si elle partait ailleurs quel est le problème? Bien sûr, le tableau est classé Trésor National depuis la «mise en vente» par son propriétaire, et le délai était de 30 mois pour l'acquérir définitivement. Mais passé ce délai et si la somme n'était pas complète, alors bye bye les Trois Grâces.

Le Louvre veut faire de ce tableau une des oeuvres les plus populaires de son musée, cette campagne est donc un appel à la générosité nationale, à cette gentillesse du porte-monnaie pour que la Splendeur, l'Allégresse et l'Abondance rejoignent le musée Français.

Réalisé en pleine Renaissance, le tableau du maître Allemand diffère de l'idéal féminin de l'époque puisque ses nus rappellent «le canon gothique [...] petite poitrine haut placée, bassin large, ventre rond». On attribue sans gros risque le tableau à Lucas Cranach L'Ancien car le panneau de bois de 37 x 24,2 cm présente le monogramme bien connu en bas à gauche (dragon ailé tenant un anneau).


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Lucas Cranach, Three Princesses of Saxony: Sybilla, Emilia and Sidonia, c.1535 (courtesy Kunsthistorisches Museum Vienna)


Si il fallait retenir ce tableau au Louvre, ce serait donc pour sa valeur historique et la grande qualité de sa conservation. Mais aussi, peut-être, pour la qualité de sa composition, son rapport formellement oblique au thème mythologique. Le petit tableau est d'un érotisme qui n'aura échappé à personne, le fond noir est voluptueusement évocateur d'où se détachent ces trois jeunes filles qui évoquent, curieusement, les trois Princesses de Saxe, Sybilla, Emilia et Sidonia également peintes par Cranach vers 1535...


• Rendu Projet I

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Chers et chères néo-quiches-soon-to-be-ultimately-gifted-extravagant-geeks, les présentations de vos affiches du projet I se feront lundi et mardi prochain (15-16 Nov). Vous aurez une heure et demie pour finir d'imprimer et de monter vos formats puis nous passerons à la crit où vous serez sublimes nous en sommes sûrs.

Pour rappel: le rendu se compose de deux affiches A1 (594x841mm) en noir et blanc ainsi que de 5 variations au format A3 (297x420mm) en noir et blanc bien sûr. Vos carnets de recherches, croquis, pistes, etc. font partis de la présentation également.

Autre rappel: Sascha, étudiant en Erasmus, fera une présentation de son travail le 15 et le 16. Il sera suivi de Polina, autre étudiante en Erasmus, les 22 et 23 de ce même mois de Novembre.




Parle-leur du Goncourt

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Le 8 Novembre couronnera celui ou celle qui succédera à Marie NDiaye pour le Prix Goncourt 2010. Restent en lice quatre écrivains qu'on verrait tous recevoir le fameux prix même si se détache la figure évidente de Michel Houellebecq pour La Carte et Le Territoire (Flammarion).

Deux histoires de ponts pourraient venir lui damer le pion tant le roman de Maylis de Kerangal, Naissance d'un Pont (Verticales), et celui de Mathias Enard, Parle-leur de Batailles, de Rois et d'Éléphants (Actes Sud) sont parmi les romans les plus intriguants de cette fourmillante post-rentrée littéraire.

Waiting in the wings reste l'Apocalypse Bébé (Grasset) de Virginie Despentes mais on lui prédit déjà le Renaudot. Kerangal ayant dernièrement reçu le prix Médicis à l'unanimité et au premier tour, le duel pourrait se jouer entre les rivages du Bajazet et ceux du milieu de l'art contemporain où plane le bel hommage à William Morris.

Murielle Lucie Clément fait dans le biblioObs l'éloge du dernier roman houellebecquien. C'est mérité certainement, et si on reproche petitement à Houellebecq de faire du plagiat, il s'en détache admirablement dans une vidéo que nous ne serons pas les derniers à vous recommander. Il faut lire La Carte et le Territoire, pour rire et retrouver un air nineties qui a fait la force de l'écriture de Michel Houellebecq. Celle d'une complaisance fascinante et fascinée pour les hétérotopies de nos sociétés. Murielle Lucie Clément voit même dans la nouvelle attirance de l'auteur pour les cadavres une manière se de prendre pour un serial killer et faire «du meurtre l'un des beaux-arts».


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Pourtant on a envie de soutenir chaleureusement le roman de Mathias Enard qui nous embarque à la suite d'un Michel-Ange Buonarroti démesurement ambitieux et qui prend ombrage de la jalousie de ses confrères mais surtout de l'oubli capricieux du Pape Jules II. Secrètement invité au Royaume de Bayezid Le Juste dans la lumineuse Constantinople, le très grand Michel-Ange va devoir penser un plus bel ouvrage que celui de Léonard refusé par le Sultan: un pont. Une langue de pierre et d'équilibre entre les deux rives du Bosphore.

Enard est un orientaliste talentueux, mais c'est plus que l'érudition qui trouble dans cette lecture des aventures du sculpteur. Moins le pont se concrétise, plus Michel-Ange se perd et est absorbé par la célèbre langueur musulmane. On le surveille et on le protège. Il ne s'en aperçoit plus. Cette description d'une chute lente en forme de courts chapitres soufflés est incroyablement fascinante. Des images se superposent qui renvoient à ces visions connues mais aussi à des sensations étranges qu'expérimentent l'artiste terrible. Sa lecture de l'Orient devient la nôtre et l'on se berce de grâce, de légèreté et d'équilibre. Les trois adjectifs propres aux plus beaux ponts qui, plus qu'une métaphore pratique, deviennent la forme du récit énardien celle du passage entre.


Des filles...

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Rebecca Rogers, François Thébaud, La Fabrique des Filles, ed. Textuel 2010


Le sous-titre du livre de Rogers et Thébaud souligne le champ historique large dans lequel cette exploration de «la fabrique des filles» s'est mise en place. L'éducation des filles de Jules Ferry (donc ce dernier tiers du XIXè) à la pilule (le XXè et la contre-culture des années 60) présente une émancipation qui se gagne durement mais qui enraye définitivement la figure passive de la femme parfaite. Un modèle qui aura traumatisé sans doute bon nombre de jeunes filles de ces époques charnières entre IIIè République et années 20, Libération et libération sexuelle...

Deux films viennent faire écho à la notion de fabrique qui fera dire à Simone de Beauvoir «qu'on ne naît pas femme, on le devient». Si il existe des modes-d'emploi crées par des contextes qui moulent les jeunes filles à l'image idéale pensée par l'époque, alors il faut se questionner sur ce que La Vie au Ranch (dir. Sophie Letourneur) et Des Filles en Noir (dir. Jean-Paul Civeyrac) disent à la fois des années zéro-zéro et des filles.


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La Vie au Ranch de Sophie Letourneur (2010)


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Des Filles en Noir de Jean-Paul Civeyrac (2010)


Ici ce sont deux histoires d'adolescentes qui balancent entre contes de bande et amitié fusionnelle. Le premier film de Sophie Letourneur est une ode à ces jeunes filles légères et décomplexées qui vivent ce jour-le-jour de l'insouciance bon chic et pas toujours bon genre. Une chronique version chicklit des relations, des amis, des fêtes autour de ce «ranch» où l'on revient toujours. Les filles seraient des cowgirls contemporaines qu'on verrait dans le titre même du film une allusion à la pionnière et ses conquêtes. Mais Sophie Letourneur a la grâce d'éviter la simple photographie d'une génération, son observation devient minutieuse dès que les légèretés s'estompent pour mieux cerner les doutes, les fragilités et les sensibilités plus brutes que posées.

De sensibilité il est forcément question dans Des Filles en Noir. Une espèce de deuil des plaisirs et du monde s'y dessine mais il ne faut pas se tromper. C'est plutôt de cette humeur noire dont il est question: la mélancolie. Patrick Dandrey a consacré un livre anthologique de la souffrance morale, cette melancholia des Grecs qui est une «source imaginaire d'effets réels, dont le nom est devenu celui d'une maladie éternelle.». Il faudrait le mettre en regard de ce mal dont semble souffrir Noémie et Priscilla. L'extrême mélancolie n'explique pas tout mais on sent tout de même dans le très beau film de Civeyrac la double souffrance des incompris. Cette noirceur qui dessine les choses en contrastes forts et en idéaux inaccessibles.






Paul Chan

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Paul Chan, 2nd Light, 2005 (courtesy Greene Naftali Gallery New York)


Le travail de Paul Chan oscille entre dessin digital et analogue avec une réflexion tendue sur la politique, la religion, le sexe et leurs effets sociaux. Ses projections vidéos qui avaient été visibles en 2007 à la Serpentine pour The 7 Lights, sont une stratification temporelle; les éléments flottent, l'image s'anime comme dans les plus anciennes fantasmagories. Et ces fantômes au sol, corps défunts d'images, deviennent la langue visuelle d'outre-tombe.




Il faut aussi revoir, grâce aux YTeurs, sa pièce magnifique à la dernière Biennale de Venise (commissaire Daniel Birnbaum). Sade for Sade's Sake est un long mur de brique ou s'imbriquent, littérallement, les ombres des figures sadiennes des 120 Journées de Sodome. Des scènes de 45 secondes, que Paul Chan appelle des stanzas, deviennent, par la pauvreté des moyens, des symboles évocateurs. Et l'on se rappelle alors que le manuscript des 120 journées fut probablement recupéré du sac de la Bastille par Arnoux de Saint-Maximin. Un manuscript sous forme de pages collées bout à bout formant un bobineau à l'écriture minuscule. Un rouleau comme une bobine de film ou comme un rouleau de cire qui renvoient aux Hurlements en faveur de Sade de Debord (1952) et à cette vidéo silencieuse de Chan.


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livre électronique de Hewlett-Packard (c.2005) ©Shelley Eades/San Francisco Chronicle


Sharon Helgason Gallagher est la directrice exécutive de Artbook-Dap. Début octobre elle avait présenté une conférence fort intéressante sur The Work of Art in the Age of Digital Publication à la Foire du Livre de Francfort.

À l'ère digitale, Helgason Gallager souligne que la séparation entre auteur et public est de plus en plus ténue voire totalement obsolète quand on observe le nombre d'usagers de la toile ayant leur propre blog et publiant régulièrement. Une hybride est en train de naître qui ferait du lecteur un potentiel auteur, le passage de l'un à l'autre n'impliquant qu'une différence fonctionnelle. Les textes deviennent alors «propriété» commune et le copier/coller un art d'accomoder les lectures à sa propre sauce.

Quid alors de l'autre pendant de l'internet? L'image subit-elle aussi une mutation d'autorité? Elle a certainement dépassé le stade décrit par Benjamin en 1936, celui où la distance crée par l'aura avait été rattrapée par la reproduction massive qui amenait l'image à entrer dans la sphère privée.

L'internet permet aujourd'hui d'avoir l'image «à un clic de souris». Elle devient, pour Gallagher, littéralement «une icône». Pourtant, on ne la contemple plus et on a fini aussi de croire en sa vérité. Peut-être n'est-elle plus, non plus, dans notre sphère privée mais plutôt dans son extension semi-publique, celle de nos ordinateurs. Elle s'y accumule, strates de navigations passées et à venir.

Comment alors montrer des images et faire lire des textes se demande Helgason Gallagher? L'âge digital conduit graduellement à de nouveaux usages. Les contenus sont reproduits ici et ailleurs, les contextes transformant leur lecture. Cette ubiquité devient source de transformations permanentes en temps réel. L'espace et le temps qui rendaient unique une oeuvre sont maintenant au service du remontage permanent de celle-ci. À méditer peut-être...

Une méditation qui se fera sans doute aussi à l'Institut of Modern Art de Sydney en décembre. Lionel Bovier éditeur et responsable de la maison JRP|Ringier expliquera, on l'espère, le paradoxe créatif d'être à la fois éditeur indépendant et associé à d'autres structures (galeries, musées, etc.). Publié ou Périr (Publish or Perish), l'expression anglaise pas si idiomatique, devient ainsi un peu le motto des années à venir... ère numérique ou pas.


HuO vol.II

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Louise Bourgeois 2_365.jpg                          Louise Bourgeois, on the occasion of Serpentine Gallery Map Marathon (16-17 October 2010)


Charta publie le deuxième volume des conversations du directeur/commissaire/auteur/intervieweur Hans Ulrich Obrist. Co-directeur également des Expositions et Programmes et directeur des Projets Internationaux à la Serpentine (il suffit de voir son dernier marathon sur les cartes d'une future décade à venir), Hans Ulrich Obrist (HUO) est passé maître dans l'art complexe de l'entretien. Le volume II de ses conversations avec la planète en appelera certainement d'autres, où le dialogue comme mode d'exposition des pensées...


Bring the 90's back. Fuck iphones...

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couvertures de Fantom


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Yang Fudong portfolio, International Hotel, in Fantom #5


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Miriam Böhm portfolio, Inventory, in Fantom #5


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Adam Helms and Kon Trubkovich, In Prism, in Fantom #5


Sur cette critique trouvée, voici FANTOM, une publication internationale et trimestrielle sur les «usages et les abus de la photographie». Éditée par Cay Sophie Rabinowitz (ancienne de Parkett) et Selva Barni, la revue à la maquette très moderniste présente différents points de vue où le vernaculaire et le chic côtoie les interviews et les portfolios. FANTOM sans le pH serait ainsi comme une autre mesure de l'acidité ou de la basicité de la photographie. Elle s'intéresserait plus à la matière infra-ordinaire de son sujet, sa fabrique au quotidien par les différents acteurs: du collectionneur au photographe silencieux qui laisse parler ses images.


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4è de couverture de Fantom


Un des interêts de FANTOM tient pourtant dans sa quatrième de couverture, cette zone hors-champ rendue physiquement obsolète sur les étals des librairies. Elle s'active ici comme espace publicitaire pour la librairie-en-ligne Artbook & D.A.P qui catalogue plus de 8500 publications sur l'art et la culture visuelle. Au lieu des sempiternelles images de pub, la quatrième de couv' devient une autre composition photographique dont les livres sont le sujet. Une énième vanité où le livre représente à la fois le savoir et une valeur glamoureusement marchande...


Flash entre Photographie et Mode

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Bless nº09, Postcard 1999


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Nigel Shafran, Moonflower, 1990 (foto Axel Schneider MMK)


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Mark Borthwick (foto Axel Schneider MMK)


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M/M Paris (foto Axel Schneider MMK)


Not In Fashion est une exposition qui a actuellement lieu au Museum für Moderne Kunst de Frankfurt am Main. Sous-titrée Fashion and Photography in the 90s, l'exposition revient sur les échanges qui ont eu lieu dans la mode entre différents acteurs de la scène artistique. Réinventant le langage photographique, la mode a su ouvrir des collaborations fructueuses avec une jeune génération d'artistes qui était en plein questionnement des modèles anciens et qui a investit le champ de la fashion sans aucun complexe. Entre influences et radicalisme, le MMK présente les travaux des grands acteurs de la décennie neufzéro. À voir absolument, Not in Fashion se clôture le 9 Janvier 2011.


Le Calotype

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Maxime du Camp, Ibsamboul, colosse médiéval du Spéos de Phrè Nubie, Palestine et Syrie (1849-51) - développé avec le procédé de Blanquard-Evrard


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un des premiers calotypes probablement pris par Talbot du palais Royal de Brighton (c.1846)


Inventé par Fox Talbot en 1841, le calotype vient du grec qui signifie «belle image». Il permettait d'obtenir un négatif papier direct qui, en retour, simplifiait la reproduction d'images positives par simple tirage contact (projection du négatif sur papier sensible).

Dans le tourbillon des améliorations techniques du XIXe siècle, la réalité se capture avec rapidité et précision et la photographie se dote de moyens qui feront la richesse de ce médium. Ce n'est pourtant qu'en 1843, grâce à Louis-Désiré Blanquart-Evrard, que le brevet de Talbot est amélioré sensiblement. Mais il reste excessivement lent et le passage de négatif à son positif se fait sur un papier fibreux rendant l'image floue.


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Henry Fox Talbot, Latticed window in Lacock Abbey (c.1835)

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Henry Collen, Young Girl, from the series Calotype Portraits, c.1863

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Michael Faraday and Sarah Faraday, calotype (c.1845)


Ce qui explique certainement l'insuccès du calotype malgré les tentatives de Blanquart-Evrard qui fonde l'Imprimerie Photographique et permet une plus grande diffusion et circulation des images. Une revue existera un temps, La Lumière, qui rendra compte des travaux des amateurs du calotype qui se comptent parmi les dilletantes célestes de la deuxième moitié du XIXè.

Les calotypistes s'intéressent à tout type de sujet et les subliment. C'est le thème de l'exposition actuelle à la BnF: Primitifs de la photographie, Le Calotype en France (1843-1860). Celle-ci présente les travaux de ces proto-photographes qui, comme l'avait imaginé Talbot dans son livre The Pencil of Nature, vont faire de l'image latente un moyen de rendre compte de leur vision du monde. De là naîtra sans doute la notion plus lointaine et freudienne de scopophilie qui est ce plaisir de regarder, pulsion qui aura guidé ces amateurs géniaux.


Le Cercle de la BNF

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Shower du Livre du Cercle des femmes journalistes, avril 1961 (photo: Champlain Marcil, Le Droit. Université d'Ottawa, CRCCF)


La Bibliothèque Nationale de France (BnF) propose, sur son site éminemment indispensable à visiter, le Cercle Littéraire. Une émission dont les rediffusions sont aussi visibles sur DM. D'un classicisme uniquement de façade, le Cercle est présenté par Bruno Racine et Laure Adler dans un esprit très Salon mais aussi avec l'ambition forte de «transmission». Laure Adler et Bruno Racine se voient comme des «passeurs» qui laissent le temps aux écrivains francophones contemporains de venir parler de leurs oeuvres. C'est essentiel. Et profitable. Quoi qu'on en pense. Revoir ainsi l'émission consacrée à Philippe Sollers et son livre jubilatoire: Discours Parfait. Le Discours Parfait ou Logos Teleios est un «écrit hermétique grec du début du IVe siècle de notre ère, connu en latin comme l'Asclépius [...] Dans ce discours, anxieusement appelé «parfait», Hermès Trismégiste déplore l'effondrement d'une civilisation divine. Mais:

Le rétablissement de la nature
des choses saintes et bonnes
se produira par l'effet
du mouvement circulaire du temps
qui n'a jamais eu de commencement.

À l'opposé de toute vision apocalyptique, ou de «fin de l'Histoire», ou de fascination pour la Terreur, les écrits réunis ici ont pour unique visée la préparation d'une Renaissance, à laquelle, sauf de très rares exceptions, plus personne ne croit.» Le Cercle pourrait être l'histoire de cette renaissance...