septembre 2010 Archives

The Showroom

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Si vous êtes à Londres pour la Frieze (14-17 Oct) n'hésitez pas à buissonner du côté de Penfold Street pour voir The Showroom, une galerie qui explore les pratiques émergentes dans l'art contemporain. Leur projet le plus ambitieux, Circular Facts, est une collaboration tripartite entre CASCO (Utrecht), OBJECTIF EXHIBITIONS (Antwerp) en collaboration avec Le Kunsthalle Sankt Gallen et Electric Palm Tree. Ce regroupement permet de profiter des forces de chacun et et de proposer une programmation éclétique, dans le bon sens du terme.

Objectif-Exhibitions présente d'ailleurs un très beau texte en ces périodes de rendements et d'utilitarisme où il faut travailler plus pour gagner plus... L'opus (en v.o.) de Bob Black s'intitule clairement THE ABOLITION OF WORK et nous incite à relaxer et à inventer de nouvelles règles de travail basées sur le jeu. Un programme somme toute très excitant... cette nouvelle utopie devient active et rappelle le texte initiateur de Bertrand Russell (1872-1970) IN PRAISE OF IDLENESS... forcément à relire!


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© image CCA/RCA + Showroom

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© image CCA/RCA + Showroom


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© image CCA/RCA + Showroom (invitation design: Fraser Muggeridge Studio)


The Showroom a aussi été récemment le lieu d'une excellente exposition organisée par les étudiants du département de Curating Contemporary Art du Royal College of Art. GOSSIP, SCANDAL and GOOD MANNERS explore le travail d'Ulises Carrión et son approche du livre d'artiste. C'est aussi à (re)voir!


Mental Archaelogy

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© image site CRÉDAC


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© image site CRÉDAC


Matti Braun, Thea Djordjadze et Jean-Luc Moulène exposent au Crédac du 22 septembre au 19 décembre 2010. MENTAL ARCHAEOLOGY est littéralement une archéologie née de l'univers mental des artistes. «L'archéologie [comprise] comme Cosa mentale». À voir!


CUCU SPÉLÉOLOGIE DE L'INSTINCT

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Le toujours surprenant Raphaël Garnier expose à la Gallery Surprise dans le 10e arrondissement de Paris. Que cette nouvelle galerie soit sis Impasse Chausson ou que l'exposition s'intitule bravement CUCU prouve déjà que le bonhomme a le sens des situations et de l'humour qui va avec.

Un très éclairant texte de Thierry Chancogne accompagne CUCU et je vous le livre ici:
«Cucu, c'est par cette dénomination régressive que Raphaël Garnier, ailleurs membre du tandem Pipi parade, appelle sa dernière exposition et on a le sentiment qu'on a échappé au pire...

Enfance du signe, jeu de construction symbolique du réel et de soi, pas tout à fait la vie des formes et des couleurs en elles-même, mais plutôt l'expression d'un environnement visionnaire fait d'images et d'objets condensant d'obscures fictions interprétatives. Un petit théâtre du moi, le cabinet de curiosités caverneux de l'inconscient.

Les stalagmites mitent, les stalagtites titent, mais avec la précision toute géométrique de cette courbe, cette fonction, qui serait capable de relier entre eux les points formés par des cailloux, ou des dés, jetés au hasard forcément objectif.
Car cette grammaire d'un inconscient, soi-disant structuré comme un langage, ces formes vectorielles, ces stéréotomies, ces aplats numériques, semblent produire l'effort de cerner avec le maximum de précision géométrique, mais aussi avec un genre de détachement pudique et d'élégance blagueuse, le vouloir savoir ne pas savoir de la tache aveugle de l'identité. Déplacement mais aussi économie et décantation.

Qu'est-ce que c'est que cette psychologie de bazar? Ces histoires d'archéologie de la mémoire et du désir? Ces trésors de chambres des merveilles inventées sur le mode du stade anal? Ces niaiseries de scène primitive rejouant les bricolages de la pensée sauvage? Il y a là d'abord des formes et des manques qui se construisent entre deux et trois dimensions... Allez hop! Panpan cucu!»


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images de la grotte Sung Sot, plus grande grotte de la Baie d'Halong, surnommée par les Français la «grotte de la Surprise» (île de Bo Hòn) - images de F.Fauchard via Pbase)


Par ces jeux de renvois que j'affectionne, le texte de Thierry a fait écho à cette grotte vietnamienne bien connue des spéléologues qu'on appelle la Grotte de la Surprise. Ce lieu-caverne où montent les stalagmites et tombent les stalagtites est à l'image du travail de Raphaël: une exploration abyssale et zénithale de la forme qui fait des tours et des détours et où le temps doit se prendre pour décyphérer ces fausses illustrations, planifiées comme des cartes de spéléologie.


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image via esmug


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Plan de la grotte de la Deveze (image via jaimelesvieillespierres)



Il y a peut-être quelquechose de grotesque dans les dessins de Raphaël. Le jeu de mots était facile mais il est amusant de constater q'un peu d'une terribilità naïve habite ses lignes de force qui voudraient montrer le chemin de cette caverne du moi dont parle Thierry Chancogne. Ainsi est le travail de monsieur Garnier, une spéléo intestinale qui se pose élégamment et qui investit le champ, vaste, laissé par les Surréalistes.


Gentillefemmes


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«The Gentlewoman is a biannual style magazine for a new decade. Featuring inspirational, international women, it pairs ambitious journalism with a sartorial and intelligent perspective on fashion that is focused on personal style - the way women actually look, think and dress» (images via Aura)


Jop van Bennekom et Gert Jonkers, les instigateurs talentueux de BUTT et FANTASTIC MAN, ont lancé dernièrement la version aphroditesque des dits magazines (pourrait-on dire): GENTLEWOMAN. Une nouvelle vision de ou pour la femme? Il faut s'y pencher, le numéro deux présente le travail d'Inez van Lamsweerde, de Yoko Ono, de Meena Pathak. Un grand écart entre fashion et affaires qui rappelle le portrait de La Banquière (dir. Girod, 1980)... à explorer donc! (lire aussi ici)


BookMarc!

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image via Huh


Le très excellent couturier et bibliophile Marc Jacobs vient d'ouvrir à Bleecker Street (Manhattan) une librairie qui présente «sa» sélection de livres et de produits types (crayons, papiers, feutres, bloc-notes...). BookMarc serait finalement l'arrivée d'un concept (nouveau?) de glissement de la bibliothèque personnelle vers la bibliothèque pour tous.


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carnets BookMarc pour 1.65$ (images via le NY Mag)


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Paul Ricoeur dans son bureau (image: fonds Ricoeur)


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William L. M. King dans sa bibliothèque personnelle de la maison Laurier (image: archives Canada)


Ce lieu, qui était autrefois hautement privé, décrivait finalement, par les dos des livres, un portrait du propriétaire de la bibliothèque. Que peuvent effectivement dire les lectures contenues sur les étagères du bureau-bibliothèque de Paul Ricoeur ou celles de William Lyon Mackenzie King? Vastes hypothèses...

BookMarc apportera, il faut le croire, une réponse à ces questions. Le New York Mag note au passage que Marc Jacobs a voulu conserver les étagères de l'ancienne librairie où s'est installé le premier BookMarc. Une manière de préserver l'esprit du lieu?
Cette ouverture m'évoque en tout cas, par un jeu de curieuses associations, l'exposition qui avait eut lieu en 2007 à Prague sur le passage de la bibliothèque privée à la bibliothèque publique.


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image JMP


Hope is on The Next Page - 100 Years of the Library of the Jewish Museum in Prague était une exposition sur le rôle des bibliothèques privées dans la formation des bibliothèques publiques. Ainsi les bibliothèques privées nées dans les ghettos juifs d'Europe de l'Est furent progressivement regroupées pour former des bibliothèques ouvertes à tous.
Dans la ville tchèque, la première date de 1874 après qu'une décision de créer une bibliothèque communautaire ait été prise... en 1857! Son premier bibliothécaire fut Nathan Grün. L'intérêt de cette bibliothèque publique a été son rattachement direct au musée juif de Prague (JMP) et sa préservation des livres récupérés, entre autres, dans les synagogues détruites.


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Vous trouverez ici un article plus complet, il y est aussi question de prohibita, l'Enfer obligé de la bibliothèque juive de Prague avant la chute du Mur...


Objet Architectural Non Identifié

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maison Haüsermann en Sologne (image via zappart.ch)


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«La Ruine», par Peter Haüsermann et Claude Costy (c.1968) (via greboca)


La voile de béton, technique quasi-typique des années 70, est sublimée dans ces architectures utopiques de Peter Haüsermann. Elle fait écho au terme blob architecture inventé par Greg Lynn au milieu des années 90 et qui décrit cette tendance architecturale (rendue possible par l'amélioration des moyens techniques et de conception) pour les formes bio-organiques et bullesques.

Peter Haüsermann construit ainsi La Ruine, une sorte de blob qui s'enroule et parasite les restes d'un ancien presbytère. Véritable «vaisseau terrien», cette maison-bulle s'infiltre dans le déjà-existant, le déborde et peu à peu le transforme.

Un excellent documentaire de Julien Donada est disponible en DVD pour en savoir plus sur ce suisse visionnaire. À voir donc!


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