Crânement Erwin!

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L'homme de Piltdown, Homo (Eoanthropus) Dawsoni, a été considéré au début du XXe siècle comme un fossile datant de l'Acheuléen (Paléolithique inférieur) et comme un chaînon manquant entre le singe et l'homme en raison de ses caractères simiens (mâchoire) et humains (calotte crânienne). En 1959, des tests montrèrent définitivement qu'il n'était qu'une supercherie scientifique.


cranement.jpgde haut en bas: Young Widows, My Disco (Split 7") sur chaque 7" un morceau du crâne se dévoile / J.G. Thirwell, The Venture Bros (vinyl LP) / Dali & Halsman, Crâne et Dali (série Skull), 1951


The Dictator.jpgErwin Blumenfeld, The Dictator, Paris, 1937 (via modernism)


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Erwin Blumenfeld, Nude in Stockings, New York, 1945 (via modernism)


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Erwin Blumenfeld, Half Solarized Face, c.1948 (via modernism)


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Erwin Blumenfeld, In Hoc Signo Vinces, c.1967 (via modernism)


L'expression «prendre ses désirs pour des réalités» est souvent entendue comme péjorative. Pourtant on y retrouve les notions presque surréalistes et modernes d'illusion et d'interprétations. On veut toujours voir ce que l'on imagine. Mais imagine-t-on ce que l'on voit?
La photographie a permit de se poser ces questions sur la réalité et à même ouvert à toutes les imageries désirées et désirantes.

De revoir les pochettes vinyls pour the Young Widows m'a curieusement renvoyé à des images de ce photographe dadaïste, Erwin Blumenfeld, qui prit un pseudonyme sous forme de traduction, Jan Bloomfield (littéralement le champ en fleur, ou le champ en éclosion). Né en 1897, il est très vite influencé par le mouvement Dada dans les années 20-30. Ses images sont mentalement sophistiquées et si on veut prêter un peu de préscience à ses collages, alors son vaniteux futur Chancelier est carrément une fantasmagorie réelle.


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Erwin Blumenfeld, Hitler, Holland, 1933 (via modernism)


C'est pourtant le photographe de mode que l'on connaît mieux. Après son internement en France en 1940, Blumenfeld fuit aux Etats-Unis et y travaille pour Vogue et Harper's Bazaar. Ses racines avant-gardistes y développent des images glamour et titillantes. Mais ce sont surtout ses films, récemment redécouverts par ShowStudio qui sont le plus intriguants. Son esprit expérimentateur y tente des essais de mouvements qui évoquent ce que plus tard Clouzot sublimera dans La Prisonnière (1968).

L'imagerie surréaliste, l'abstraction et la distortion, les effets quasi jamesbondiens (on y sent l'influence de Maurice Binder), toutes ces ficelles que les avant-gardes avaient déjà explorées se retrouvent mises au services de films publicitaires. On peut extrapoler, et là encore prendre ses désirs pour des réalités, mais si la publicité et ses chaînes hiérarchiques étaient restées aussi ouvertes (elles le sont parfois sublimement), la face de l'advertising en aurait été changée pour de bon...



Erwin Blumenfed, film experiments (via YT, mais voir aussi ShowStudio)



Erwin Blumenfed, film experiments (via YT, mais voir aussi ShowStudio)



un film, qui n'est pas de Blumenfeld, pour le rouge à lèvres de l'Oréal (1983). Une critique-trouvée sur YT décrit ce film comme scary et une autre comme dramatic... à méditer!



le générique de la série Dexter qui joue aussi du close-up et du séquençage à multi-interprétations


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à lire de Blumenfeld, son hilarante autobiographie traduite en plusieurs langues et au titre à chaque fois très dadaïsant: Eye to I (Thames&Hudson), Jadis et Daguerre (Robert Laffont), Einbildungs Roman (Eichborn Verlag)