août 2010 Archives

Claude Tchou est mort

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La Parapsychologie, Les Pouvoirs Inconnus de l'Homme (14 volumes). Ed. Tchou/Laffont (1977)


MARTINET.jpgFrançois Nicolas Martinet, Histoire des Oiseaux, (1773-1796). Ed. La Bibliothèque des Introuvables


Ce n'est pas une nouvelle si récente, mais comme pour celle de la mort de William Lubtchansky, les disparitions de ces deux passeurs de sens rappelent qu'ils ont été des marqueurs, à leur façon, de l'histoire du cinéma et du graphisme.

Claude Tchou (1923-2010) fonde en 1951 le Club du Livre du Mois, c'est la grande époque de ces Clubs dont nous reparlons. Tchou ravive les couleurs des auteurs français classiques mais publie aussi, nous l'avons vu avec Histoire d'O, des textes moins promptes à satisfaire l'ordre moral. Le Nouvel Obs rappelle d'ailleurs que l'éditeur fut condamné à six mois de prison ferme (avant que le jugement ne fut cassé) pour publication d'ouvrages rares sur l'érotisme et la sexualité.

La rareté et la curiosité furent d'une certaine manière les territoires de Tchou. «En 1999 il fonde la Bibliothèque des Introuvables qui (ré)édite de beuax livres rares», il s'intéresse à cette diffusion de textes oubliés, ses fameux Guides Noirs «au capiteux parfum d'ésotérisme surréaliste et [parmi lesquels] on trouvait entre autres le Guide du Paris mystérieux ou carrément la France mystérieuse, sommes ethnographiques mélancoliquement obsolètes» (Libération, avril 2010).

Rappelons enfin l'aventure des Nouvelles Éditions Tchou. Passionné de typographie, de beaux papiers et de cette excellence qui le démarquera de beaucoup d'autres éditeurs, Claude Tchou fait appel à Pierre Faucheux pour les maquettes des livres qu'il publie aux Nouvelles Éditions. La patte caractéristique du Pape de l'édition se retrouve sur les couvertures et les pages intérieures de ces livres au format allongé et au papier vergé où les collages de gravures anciennes rappellent les expérimentations de Max Ernst et crée ces étranges doubles parfois très surréalistes.


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Eugène Ionesco, Deux lettres pour Carla (1988). Nouvelles Éditions Tchou
(maquette et graphisme Pierre Faucheux - a p f)


tchou1.jpgNouvelles Éditions Tchou
(maquette et graphisme Pierre Faucheux - a p f)


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(maquette et graphisme Pierre Faucheux - a p f)


tchou3.jpgNouvelles Éditions Tchou
(maquette et graphisme Pierre Faucheux - a p f)
images via Le Carrefour de l'Étrange, merci!)



O Profil

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Histoire d'O, publiée à 600 exemplaires par Jean-Jacques Pauvert en 1954
Histoire d'O chez FMR et illustrée par Guido Crepax (image via l'excellent article de Design&Typo, merci!)



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Sade, numéro 12-13 de la revue Obliques, Nyons, 1977


On ne connaît finalement de Sade que très peu de portraits. Le plus connu est celui, imaginaire, peint par Man Ray, où la Bastille semble s'incarner dans un homme bouffi d'années emprisonné et qui fini ici par ressembler, par anticipation, à un Marlon Brando en afgacolor. Ce profil empierré répond à un autre, en jeune homme, par Charles van Loo, qui semble être le seul authentifié.

Celui qui signait D.-A.-F. Sade (pour Donatien Alphonse François) est plus connu sous le patronyme de divin Marquis -en référence au divin Arétin qui fut son prédécesseur et écrivit des Sonnets Luxurieux au XVIè- et pour ses textes licencieux et ses moeurs qui l'envoyèrent souvent dans les prisons royales. Le XVIIIè ne fut pas tendre pour celui qui révéla la part violente et cruelle de l'érotisme et finit par donner son nom au sadisme (cf. le dictionnaire de Boiste en 1834).


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Man Ray, Portrait Imaginaire de D.A.F. de Sade, 1938

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Charles Amédée Philippe van Loo, Portrait de Donatien Alphonse Françoise de Sade, c.1760


Profil idéal de la pensée perverse, Sade incarnera ce Mal pendant plus de deux siècles avant d'être réhabilité entre autres par les Surréalistes. Il est amusant de noter que les armes de la famille de Sade représentent un aigle à deux têtes, privilège ancien accordé à ses ancêtres par le Roi de Hongrie et Bohème, qui pourrait symboliser le vice et la vertu, ou mieux les deux visages d'un écrivain loin des Salons et affrontant tant bien que mal une censure de tartuffes.


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Grain terminal de chapelet en ivoire sculpté (XVIIIe siècle) (via Alain Truong)

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Minos et son alter ego Minas, enfermée dans son visage. Actarus et sa métamorphose.


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Grain terminal de chapelet en ivoire sculpté (Espagne, XVIIe siècle) (via Alain Truong)


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pommeau de canne en ivoire (France, début XIXe siècle)


Ce double profil d'aigle c'est Sade et le Divin Marquis. Il fait penser, obsession oblige, à ces vanités curieuses en grains terminal de chapelet. Des sortes de reflets janusiens entre vivant et mort. Entre l'un et l'autre. Comme Goldorak et Actarus ou encore mieux, comme ce personnage de la même série animée: Minos. Ce commandant en Chef du camp de la Lune noire a pour particularité d'avoir une sorte de double personalité, l'une visible et masculine et l'autre, enfermée et féminine, Minas, qui vit littéralement dans la tête de Minos.

Une évocation peut-être lointaine du Minos, Roi de Crète puis Juge des Enfers et père de Phèdre la femme fatale et prête à tout, même à tomber amoureuse de son beau-fils. Une histoire que le Marquis n'aurait pas renié, lui qui a fui avec sa jeune belle-soeur, la chanoinesse séculière Anne-Prospère de Launay. Il était tout pour elle et le Discours Parfait de Philippe Sollers souligne cette allégeance aveugle d'amoureuse fidèle en citant une des lettres écrite par Launay en 1769:

«Je jure à M. le marquis de Sade, mon amant, de n'être jamais qu'à lui, de ne jamais ni me marier, ne me donner à d'autres, de lui être fidèlement attachée, tant que le sang dont je me sers pour sceller ce serment coulera dans mes veines. Je lui fais le sacrifice de ma vie, de mon amour et de mes sentiments, avec la même ardeur que je lui ai fait celui de ma virginité, et je finis ce serment par lui jurer que si d'ici un an je ne suis pas chanoinesse et par cet état, que je n'embrasse que pour être libre de vivre avec lui et de lui consacrer tout, je lui jure, dis-je, que si ce n'est pas, de le suivre à Venise où il veut me mener, d'y vivre éternellement avec lui comme sa femme. Je lui permets en outre de faire tout l'usage qu'il voudra contre moi dudit serment, si j'ose enfreindre la moindre clause par ma volonté ou mon inconscience.»


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Ce rapport de pouvoir se retrouve dans un livre sulfureux publié en 1954 par le très jeune éditeur Jean-Jacques Pauvert et écrit par Pauline Réage. Pauvert qui, soit dit en passant, fut d'ailleurs le premier à publier les oeuvres complètes du Marquis en commençant par la plus difficile: L'Histoire de Juliette (qui parue d'abord en 1797 et fut ensuite publiée partiellement par Apollinaire en 1912). Cela lui vaudra les poursuites de la Mondaine et un procès retentissant connu comme «l'Affaire Sade» où les surréalistes, Breton en tête, le défendront avec force.

Ce livre donc, Histoire d'O, écrit par Réage, pseudonyme de Dominique Aury, fut écrit comme une sorte de défi à Jean Paulhan dont l'auteure était amoureuse. C'est lui d'ailleurs qui écrira la préface du livre, subjugué par la liberté de ton et les références au sado-masochisme, sources de multiples interprétations. L'histoire d'O est l'inverse de L'Histoire de Juliette. Là où Sade dépeint une Juliette nymphoname et heureuse des prospérités du vice, Réage/Aury insiste sur le rapport dominant-dominé, maître-esclave, au coeur des années 50. Ces profils distincts se dessinent parfaitement et renvoient, en creux, à une vision du contexte et des moeurs de leurs époques respectives.


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Lars von Trier, Manderlay, 2005


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Judith Anderson dans Rebecca d'Hitchcock (1940). L'histoire se déroule dans la demeure ancestrale de Manderley, propriété de Maxim de Winter. Ce conte gothique traite de l'emprise d'une morte sur celui qui fut son mari, la nouvelle épouse et leur gouvernante longtemps après sa mort.


Dans sa préface à Histoire d'O, Paulhan évoque l'histoire d'une révolte. Son texte, Bonheur dans l'esclavage, raconte ce soulèvement d'esclaves de la Barbade qui luttèrent pour retrouver l'état de la servitude «après que leurs maître britanniques les eurent affranchis». Manderlay est ainsi le nom de cette plantation des Caraïbes anglaises où vivent ces esclaves affranchis en mal de maîtres. Il inspirera d'ailleurs le réalisateur danois Lars von Trier, pour son film éponyme qui prolonge le texte de Paulhan en approfondissant l'hypothèse du Bonheur dans la servitude. (cf. Le Monde, Nov. 2005)

On voit ici se dessiner des liens étranges entre notions d'esclavage, de punitions, de vertus viciées et de vices vertueusement récompensants. La forme plastique du profil semble d'ailleurs incarner parfaitement ces états doubles-faces où la douleur est preuve d'amour et inversement.

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Silhouette Georg Heinrich Sieveking (1751-1799)


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Jean Huber (1721-1786) et ses découpages de papiers


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Caran d'Ache, L'Épopée, 1886 (via SD)


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Kara Walker, African't, 1999


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Kara Walker, installation de The End of Uncle Tom and the Grand Allegorical Tableau of Eva in Heaven (1995)
(via Walker Art Center)


Le mot profil est, dans le domaine de l'analyse comportementale, utilisé pour décrire les caractéristiques du comportement d'une personne et ses motivations. Dans le domaine connexe du profilage criminel, il est compris comme une série d'indices. Il trace donc des portraits essentiels comme jadis la fille de Dibutade dessinait l'ombre de son aimé sur le mur...
L'art des portraits, dit à la silhouette, apparu à la toute fin du XVIIè et au début du XVIIIè siècle. Le nom viendrait d'Étienne de Silhouette qui pratiquait cet art de l'ombre. Il devint populaire surtout grâce aux tableaux en découpures du suisse Jean Huber.
Mais le mot profilage résonne surtout avec l'oeuvre de Johann Kaspar Lavater: l'Art de connaître les hommes par la physionomie qui fait la part belle à ces silhouettes aussi fidèles que des ombres...

Une filiation par anticipation est aussi possible entre les portraits d'Huber et les dessins de Caran d'Ache. Celui-ci présenta en 1886 un spectacle au cabaret du Chat Noir, L'Épopée, sur les conquêtes napoléoniennes. Un rappel du wayung indonésien (théâtre d'ombres) et des fantasmagories et surtout un récent et éclatant revival grâce au travail de Kara Walker qui explore les notions de races, de genre, de violence et de sexualité dans le sud Antebellum (en quelquesorte l'état initial dans Manderlay) au travers de ses silhouettes noires grandeur nature.


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Dioscourides(?), Camée Auguste, (pierres du XIVè et XVIIè)


DE_SADE_PORTRAIT-3_400x600.jpgportrait de Sade par Cieslewicz


prison8.jpgPatrick McGoohan, Le Prisonnier, 1967-68


Le profil et la silhouette puisent donc dans cette puissance de l'ombre sous la forme de ces moitié de visages souvent triomphateurs comme sur les camées, version en bas-relief des silhouettes des Lumières. Une puissance de l'ombre qui était l'apanage de Sade qui en a arpenté les territoires pour finir enfermé, notamment au donjon de Vincennes en 1777. Selon l'usage dans les forteresses et prisons royales, il n'y sera plus qu'appelé par son numéro de cellule et deviendra Monsieur le 6 (on peut imaginer que McGoohan y fera un clin d'oeil féroce dans sa série au titre révélateur: Le Prisonnier).

Par une coïncidence (in)volontaire, le profil comme portrait indiciel s'incarne aussi chez les artistes fascinés ou pas par le Divin Marquis. Ainsi des portraits de Duchamp et Artaud par Man Ray qui sont des silhouettes solarisées et incroyablement perçantes.
Ou encore dans ce portrait en studio de Louise Brooks à l'époque de Pandora's Box. Sa silhouette caractéristique de garçonne des roaring twenties sera d'ailleurs sublimée par Guido Crepax sous les traits de Valentina, version italienne d'une Juliette sadienne. Crepax, maître au même titre que Manara de la bande-dessinée érotique de ce côté-ci de l'Arno, illustrera d'ailleurs le Marquis de Sade et également l'Histoire d'O aux éditions FMR.


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Man Ray, Marcel Duchamp solarized portrait, 1930 (© 2009 Man Ray Trust / Artists Rights Society (ARS), New York / ADAGP, Paris.)


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Man Ray, portrait d'Antonin Artaud, 1926


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Louise Brooks, Pandora's Box promo shoot, 1929


Pour finir sur O, une version filmée sera réalisée en 1975 par Just Jaeckin. Devant l'érotisme soft-porn reconnu du film, on ne peut que regretter qu'Henri-Georges Clouzot n'ait pas réussi à adapter le roman comme il l'envisageait. Son Enfer indiquant déjà combien, nécessairement plus brillante et plus perverse aurait été sa version du livre de Réage/Aury.
Une seule chose sauve ce film et c'est probablement son générique de début sous forme de conclusion ici. On y voit les visages en camée-silhouette des personnages du roman. Une manière de ne nous montrer qu'une de leurs facettes? En tout cas impossible d'y lire le moindre sentiment comme avec la méthode Ekmanienne. Le profil garde une part d'ombre bien à lui, indice infidèle et incomplet...


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Piero della Francesca, Dyptique, ici le portrait de Federico de Montefeltro, duc d'Urbino (vers 1465)


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Paul Ekman, Wallace Friesen & Joseph Hager, Facial Action Coding System (via Cabinet)


Bien sûr on dirait aussi que les semi-visages de ce générique ressemblent à une pochette pour Fleetwood Mac avec cette esthétique de l'époque pour les images floues et brumeuses (mais après chacun est libre d'interpréter)... Bref, les images-camées de ce générique sont aussi significatives que ces autres silhouettes dessinées par Oliver Klimpel pour le catalogue 2005 du département de photographie au Royal College of Art. Elles disent une certaine rétention des détails et paradoxalement un excès de ceux-ci. Le profil étant cette moitié du tout qui ne pourra jamais caractériser ce qu'elle ne montre pas et pourtant...



générique d'ouverture d'Histoire d'O (1975)


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images du Royal College of Art, Photography Department Catalogue (2005). Images via Oliver Klimpel. merci!


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Encore un peu de temps...

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Ricardo Carneiro, Chaise Ligeira, 2010 (ESAD Reims) (image via parisart)


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Claire Fauchille, Guéridon de sel, 2010 (ESAD Reims) (image via VIA)


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Charlène Huet, tables de chevet: Table Montagne & Table Vallée, 2010 (ESBA Angers) (image via VIA)

camondo-nory.jpgThomas Nory, Chaise, 2010 (Camondo) (image via VIA © B.Reinert)


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Jean-Baptiste Fastrez, Objets électriques et contenants, Variations autour d'une bouilloire électrique, 2010 (ENSCI) (image via VIA © V.Huyghe)


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Nicolas Tromp, Table pliante Végétale, 2010 (ENSAD) (image via VIA)


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Manon Leblanc, Lampe à eau WAT, 2010 (ESAD Strasbourg) (image via VIA)


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Lucas Hoffalt & Samuel Lamidey, mobilier de bureau: Scriptorium, 2010 (ENSAD) (image via VIA)


La galerie du VIA présente jusqu'à la fin Août une sélection de projets des écoles de design. Histoire de voir comment se porte la discipline en France. Pas si mal que ça apparement...


Le Livre

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images du Codex Gigas (via le site de la Kungliga Biblioteket) côté A148 et considéré comme le plus grand et le plus mystérieux des livres. Le «logo» du Collège de France possède aussi comme symbole le livre. Et le logo de l'AGI est en caractère Narziss proche du Didot nom d'une grande famille d'imprimeurs et de créateurs de caractères.


Merci à Samuel Bonnet et Adrien Zammit pour cet excellent lien vers les cours de Roger Chartier sur Qu'est-ce qu'un livre? disponibles en ligne sur le site du Collège de France. L'accès sera aussi disponible via le lien dans la rubriques RESSOURCES de MerciGeorges. S'y retrouvent également un lien vers le nouveau site de l'Alliance Graphique Internationale (AGI) mise en forme très «modern revival» par le studio Spin, et un autre vers un site de VOD de films: Universciné. Vous pourrez notamment y voir le dernier film de Lionel Baier, Comme des Voleurs, prémice à une tétralogie Nord, Sud, Est, Ouest d'une Europe des sentiments...


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graphisme: Pierre Vanni


En parlant de Codex, la très intéressante proposition éponyme de Béatrice Méline et Charlotte Cheetham dans le cadre de On n'enchaîne pas les volcans, un projet de Pavillon projects et Point De Fuite pour le Printemps de Septembre à Toulouse.: «De nombreuses structures éditoriales indépendantes (artistiquement) et autonomes (financièrement), renouvellent les formes, les formats, les modes d'adresse et de diffusion de l'objet imprimé. Cette "scène" se développe sous l'impulsion d'artistes, de graphistes, d'auteurs, d'éditeurs et diffuseurs passionnés et engagés ensemble dans l'émergence de projets singuliers, dans l'envie de donner corps à des idées et des gestes, sur papier. Dans un contexte de déclin de l'imprimé et d'effervescence du « tout numérique », ils nous invitent à chercher, toucher, explorer, aimer ces objets vivants qui articulent des espaces, des langages et des expériences. Codex est un projet d'exposition pour ces formes imprimées ; un parc naturel pour ces histoires au bord du volcan.»


William Lubtchansky est mort

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photo via Paris-Match (DR)

On a dit du tournage de L'Enfer qu'il portait bien son nom. Ainsi la scripte Nguyen Thi Lan raconte: «Clouzot voulait la bouche de Romy en gros plan. On a d'abord filmé la langue qui tournait autour de la bouche et ce n'était jamais parfait... J'ai l'impression que nous avons passé une journée complète sur sa bouche, peut-être plus. Et Romy s'énervait, elle ne comprenait pas. Après avoir tourné avec tant de soin les "Sissi", elle se retrouvait maintenant à faire tourner sa langue autour de sa bouche à n'en plus finir» (Ghislain Loustalot).


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Lubtchansky a également travaillé avec Claude Lanzmann sur son film Shoah (1985)


Ce qu'on oublie souvent c'est que William Lubtchansky était assistant opérateur sur ce film. Celui qui allait devenir le directeur de la photographie le plus couru de Paris a surtout aimé travailler avec des réalisateurs exigeants comme les Huillet-Straub, Godard ou Doillon. En 2005 il recevait un prix, enfin, pour sa photographie des Amants Réguliers de Garrel.

Grâce à certains blogs on peut retrouver son travail sur le noir et blanc, toujours impeccable, presque palpable et totalement dans l'illusion qu'est le cinéma. Ainsi sa collaboration avec Agnès Varda pour Elsa la Rose en 1965 (vu sur susauvieuxmonde). À revoir...






C'est maintenant une archive

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Lois Hechenblaikner, Hinter den Bergen, 2002

La Revanche de l'archive photographique est maintenant une exposition passée mais je vous recommande la visite du site du Centre de la Photographie de Genève et ses archives qui recèlent des merveilles comme cette exposition de 2008 sur les «machines de vision» que sont les Panoramas...


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En parlant de scène d'archive, voici l'image intriguante de la pochette du disque de Roberto Cacciapaglia, The Ann Steel Album. Ce compositeur avant-gardiste italien, très prolixe dans la deuxième moitié des années 70, propose ici une collection de chansons électro-pop pour la top model Ann Steel. C'est étrange, intriguant comme un autre album de Cacciapaglia, Sei Note in Logica, qui répète inlassablement 6 notes de musique...




Autre joie d'archive vue sur le très généreux site de Tim de Brooklyn, le film d'Obayashi, Hausu (1977). Une ode aux effets X-OR et au psychédélisme japonais. Un montage totalement délirant qui fait d'ailleurs dire que ce bijou se situe «entre Méliès et Ryan Trecartin» (voir sa vidéo Wayne's World sur Ubu). La séquence suivante montre l'héroïne attaquée par un abat-jour de plafond et le tableau d'un chat. Le kistch le dispute aux collages surréalistes, c'est épiquement jouissif. Une merveille!






Qu'est-ce que je peux faire...



Dans une célèbre séquence de Pierrot le Fou (Godard, 1965), Anna Karina sublime l'ennui moderniste, et la phrase cultissisme qu'est-ce que je peux faire, je sais pas quoi faire est devenue involontairement peut-être, un mantra qui pourrait signifier ce spleen du XIXe et cette insatisfaction permanente de la répétition...




Elle rappelle bizarrement une oeuvre plus récente de la vidéaste brésilienne Cinthia Marcelle qui filme en 2007 un camion de pompiers tournant en rond et dont la lance à incendie pointe vers le centre d'un cercle dessiné par cette rotations sysiphienne. Fonte 193 peut nous renvoyer par le jeu du marabout à l'oeuvre magistrale de Alÿs, Zocalo, Mexico D.F. (1998), un documentaire de douze heures qui suit la progression de l'ombre d'un drapeau sur la place du Zócalo à Mexico City.

Ici le déplacement, l'errance, la répétition sont vus comme autant de motifs sculpturaux et artistiques faisant dire à Hamish Fulton (cité par Thierry Davila) «qu'il ne peut y avoir de travail artistique sans marche: No Walk, No Work». Ainsi la figure du marcheur, du flâneur qui explore les espaces libres de la ville, revient en mémoire. Le flâneur comme explorateur mais aussi comme révélateur. Dans son livre Le flâneur et les flâneuses: les femmes et la ville à l'époque romantique, Catherine Nesci souligne que Walter Benjamin, dans son introduction à Paris, capitale du XIXe siècle, faisait une nouvelle analyse du mot fantasmagorie.


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Francis Alÿs, photogramme de Zócalo (Mexico City, collaboration with Rafael Ortega), 1999


Benjamin revisite ce que le XVIIIe avait décrit comme «l'art de faire apparaître des spectres par le moyen d'une illusion d'optique» pour signifier «l'ambiguïté des représentations historiques du XIXe siècle [...] fantasmagories de la ville familière à travers laquelle la foule interpelle le flâneur, chez Baudelaire [...] fanstamagorie de l'espace dans la transformation du Paris du second Empire par Hausmann» (Nesci) Cette longue liste de fantasmagories décrites par Benjamin se voient ajoutées de celle de l'Histoire qui «accomplit toutes les autres par l'idée du progrès et le culte du nouveau».

Pour Benjamin, la fantasmagorie de l'Histoire est celle de la répétition, «de l'éternel retour du même». Nesci souligne encore que Benjamin cite L'Éternité par les astres (1872) d'Auguste Blanqui. Dans ce livre le révolutionnaire socialiste, tel un véritable fanstamagore, «s'adresse à ses contemporains comme à des apparitions spectrales pour développer sa vision des répliques illimitées de l'être humain: <le nombre de nos sosies est infini dans le temps et l'espace. [...] L'éternité joue impertubablement dans l'infini les mêmes représentations>».

Ainsi il faudrait voir dans la vidéo de Marcelle, comme acte répétitif, une fanstamagorie de l'Histoire. Une marche éternelle et mimétique... qui fera dire à Benjamin que la modernité est celle «du monde dominé par ses fantasmagories» où le nouveau n'est qu'illusion alors que la modernité chez Baudelaire c'était justement le contraire, l'alliance du nouveau et de l'ancien.


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Installation view of "Francis Alÿs: Fabiola" at the National Portrait Gallery, London (via soiseeso)


Avalanche

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Edité et mis en forme par Liza Bear and Willoughby Sharp de 1970 à 1976, la revue AVALANCHE était un espace dédié «aux formes d'art, à la conversation et aux échanges». C'est maintenant une boîte en fac-similé disponible pour la modique somme de 150USD. De quoi errer dans les 13 numéros qu'a compté ce journal qui privilégiait le point de vue des artistes plus que celui de la critique. Et une mise en page très modern (avec un format qui ne l'était pas moins...espèce de cube en 2D)


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images via Thevanities (thanks!)


Sur le site Vanity of the Vanities (décidément!) vous pourrez avoir un aperçu du numéro de Printemps 1972 avec ce cher Lawrence Wiener en couverture. Ce qui est intéressant de noter c'est que Bear et Sharp désignaient occasionnellement les pages publicitaires mettant en valeur les plus grandes galeries de l'époque. Cela maintient une cohérence graphique au magazine. (si les publications d'artistes vous intéressent, rendez-vous à Londres et à la Turbine: No Soul for Sale!)


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Le Livre des Vanités

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Thomas Traum en collaboration avec Carl Burgess pour More Soon ont réalisé 25 «vanités» pour Les Plus Beaux Livres Suisses (cette année encore mise en forme par la talentueux Laurenz Brunner). Merci Charlotte pour la news!


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Crânement Erwin!

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L'homme de Piltdown, Homo (Eoanthropus) Dawsoni, a été considéré au début du XXe siècle comme un fossile datant de l'Acheuléen (Paléolithique inférieur) et comme un chaînon manquant entre le singe et l'homme en raison de ses caractères simiens (mâchoire) et humains (calotte crânienne). En 1959, des tests montrèrent définitivement qu'il n'était qu'une supercherie scientifique.


cranement.jpgde haut en bas: Young Widows, My Disco (Split 7") sur chaque 7" un morceau du crâne se dévoile / J.G. Thirwell, The Venture Bros (vinyl LP) / Dali & Halsman, Crâne et Dali (série Skull), 1951


The Dictator.jpgErwin Blumenfeld, The Dictator, Paris, 1937 (via modernism)


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Erwin Blumenfeld, Nude in Stockings, New York, 1945 (via modernism)


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Erwin Blumenfeld, Half Solarized Face, c.1948 (via modernism)


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Erwin Blumenfeld, In Hoc Signo Vinces, c.1967 (via modernism)


L'expression «prendre ses désirs pour des réalités» est souvent entendue comme péjorative. Pourtant on y retrouve les notions presque surréalistes et modernes d'illusion et d'interprétations. On veut toujours voir ce que l'on imagine. Mais imagine-t-on ce que l'on voit?
La photographie a permit de se poser ces questions sur la réalité et à même ouvert à toutes les imageries désirées et désirantes.

De revoir les pochettes vinyls pour the Young Widows m'a curieusement renvoyé à des images de ce photographe dadaïste, Erwin Blumenfeld, qui prit un pseudonyme sous forme de traduction, Jan Bloomfield (littéralement le champ en fleur, ou le champ en éclosion). Né en 1897, il est très vite influencé par le mouvement Dada dans les années 20-30. Ses images sont mentalement sophistiquées et si on veut prêter un peu de préscience à ses collages, alors son vaniteux futur Chancelier est carrément une fantasmagorie réelle.


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Erwin Blumenfeld, Hitler, Holland, 1933 (via modernism)


C'est pourtant le photographe de mode que l'on connaît mieux. Après son internement en France en 1940, Blumenfeld fuit aux Etats-Unis et y travaille pour Vogue et Harper's Bazaar. Ses racines avant-gardistes y développent des images glamour et titillantes. Mais ce sont surtout ses films, récemment redécouverts par ShowStudio qui sont le plus intriguants. Son esprit expérimentateur y tente des essais de mouvements qui évoquent ce que plus tard Clouzot sublimera dans La Prisonnière (1968).

L'imagerie surréaliste, l'abstraction et la distortion, les effets quasi jamesbondiens (on y sent l'influence de Maurice Binder), toutes ces ficelles que les avant-gardes avaient déjà explorées se retrouvent mises au services de films publicitaires. On peut extrapoler, et là encore prendre ses désirs pour des réalités, mais si la publicité et ses chaînes hiérarchiques étaient restées aussi ouvertes (elles le sont parfois sublimement), la face de l'advertising en aurait été changée pour de bon...



Erwin Blumenfed, film experiments (via YT, mais voir aussi ShowStudio)



Erwin Blumenfed, film experiments (via YT, mais voir aussi ShowStudio)



un film, qui n'est pas de Blumenfeld, pour le rouge à lèvres de l'Oréal (1983). Une critique-trouvée sur YT décrit ce film comme scary et une autre comme dramatic... à méditer!



le générique de la série Dexter qui joue aussi du close-up et du séquençage à multi-interprétations


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à lire de Blumenfeld, son hilarante autobiographie traduite en plusieurs langues et au titre à chaque fois très dadaïsant: Eye to I (Thames&Hudson), Jadis et Daguerre (Robert Laffont), Einbildungs Roman (Eichborn Verlag)


Joli clin d'oeil

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Arnaud Fleurent-Didier, France Culture (album La Reproduction, 2009)


Il faut écouter les paroles de France-Culture, l'opus élégant d'Arnaud Fleurent-Didier. Des senteurs sous forme de liste de ces années 70-80 terreau des trentenaires d'aujourd'hui. C'est faussement mélancolique et plein de clins d'oeil. Notamment dans la version clip de la chanson. On y reconnaît le générique de La Nuit Américaine de Truffaut. Un film sur le cinéma et sa fabrication où l'on perçoit, sous forme de making-off, la voix de Georges Delerue dirigeant Grand Choral. On y entend la belle phrase qui résume peut-être cette nostalgie feinte de Fleurent-Didier: «pas de sentimentalité hors de propos, jouez les notes, c'est tout».




La Nuit Américaine, générique, 1973 (dir. F.Truffaut)


Bice 2011

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photo: ©TateEtc


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Une très belle surprise pour la prochaine Biennale de Venise (54è, 2011). Paolo Baratta et son équipe ont choisi Bice Cuniger (au milieu sur la photo) comme directrice du secteur Arts Visuels. Cuniger a été directrice éditoriale de TATE ETC. depuis 2004. Elle est aussi co-fondatrice et éditrice-en-chef du magazine Parkett.


Le Club des Masques

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A.Christie, Drame en Trois Actes, Librairie des Champs-Elysées, Collection Le Masque nº366, 1969 (ici édition 1980) -- sauf autre mention, cette image et les autres présentant les livres de la collection du Masque et du Club des Masques sont tirées des annonces de PM


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de haut en bas: la toute première couverture-jacquette, très (trop?) illustrative. Puis la version produite pour Le Livre de Poche - Policier qui sera crée en 1960 comme avatar du Livre de Poche. Son logo est un chat noir à la queue dressée et les couvertures de cette collection étaient généralement réalisées par l'atelier Pierre Faucheux. Suit encore la version 1962 au Masque avec la version définitive de son logo et enfin, l'édition 1980, orange et noire, qui met l'accent sur l'auteur et l'oeuvre.


L'énigmatique Masque est une collection qui démarre en 1927 avec la publication du fameux roman d'Agatha Christie, Le Meurtre de Roger Ackroyd, et peut être considérée comme une des premières collection policière en France. Y paraîtront tous ce que le futur panthéon des écrivains-à-mystères compte comme meilleures plumes. C'est d'ailleurs de plume dont il est question sur la marque, désormais entrée dans l'insconscient populaire, de la collection. Son créateur Albert Pigasse avait en effet demandé à Maximilien Vox de dessiner le logo de la collection et en 1926, le masque d'Arlequin percé d'une plume d'écritoire était mis en forme.

Il sera publié près de 2500 titres dans cette collection faisant de Pigasse le plus prolifique éditeur de romans policiers au bien curieux parcours. Étudiant en droit, il se retrouve en 1925 conseiller littéraire chez Grasset; passionné des romans de Leroux et Leblanc, il germe dans son cerveau un embryon d'idée. Créer une collection entièrement dédiée au mystère et à ses pourfendeurs. Présentée à monsieur Grasset le projet fait pschiiit et Pigasse quitte les éditions pour fonder les siennes propres: ce sera La Librairie des Champs-Elysées, rue Marboeuf. C'est de cette petite rue au coeur du VIIIe que naîtront Les Éditions du Masque. Surfant sur la mode de l'époque pour les whodunnit (qui l'a fait?), les livres s'arrachent bientôt. Sandrine Sénéchal nous apprend ainsi que Jean Cocteau berçait son addiction à l'opium en lisant les romans du Masque: «sans vos livres une désintoxication serait l'enfer. Avec leur compagnie, cet enfer devient agréable».


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Charles Exbrayat (1906-1989)


Véritables machines-à-succès, les livres respectent tout de même la ligne éditoriale de la maison qui ne veut ni sang, ni sexe et prône une morale à tout épreuve: le crime est toujours puni. La légende veut d'ailleurs que ce soit grâce à un article dithyrambique paru dans la Revue des Jésuites, et qui soulignait justement la morale de ces romans au coeur de la fin turbulente des années 20, que les ventes firent un bond qui ne se démenti plus.
Graduellement pourtant les romans du Masque s'éloigneront de la structure classique -- un crime, une enquête, une solution -- pour privilégier, selon Sénéchal, les approches plus littéraires, plus exploratrices des «tourments de l'âme». Et c'est Charles Exbrayat, pilier de la maison, qui créera, lui, une version drôlatique des ces enquêtes, sorte de détachement nonchalant et somme toute british, pastiche de la vraie enquête, mais qui atteint néanmoins son but, l'humour dans la littérature noire.


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illustration de Jean Bernard (Librairie des Champs-Elysées, 1939, Paris)


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une sacrée concurrence. images «à la recherche du temps perdu» (merci!)


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images du fantastique alexisorloff (merci!). De haut en bas et de droite à gauche:
A. Abbot, La Femme Qui Prit Peur, La Maîtrise du Livre, Collection L'Empreinte Police (1947)
F. Beeding, La Mort Qui Rôde, La Maîtrise du Livre, Collection L'Empreinte Police (1947)
J.J. Connington, Le Sweepstake Tragique, NRC, Collection L'Empreinte (1935)
P. McGuire, Le Maléfice, La Maîtrise du Livre, Collection L'Empreinte Police (1948)


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couverture contemporaine des giallo publiés ches Mondadori


Succès oblige, Le Masque sera concurrencé par de talenteux followers comme la Série Noire de Marcel Duhamel qui fait la part belle aux influences américaines et à ses détectives bordeline; ou encore la fameuse collection de l'Empreinte au graphisme déco-moderne. Le préfet maritime, spécialiste des polars, nous apprend d'ailleurs que François le Lionnais (co-fondateur de l'Oulipo) y tenait une rubrique d'échecs qu'on pouvait lire en fin de volume. La collection l'Empreinte était publiée aux éditions de la Nouvelle Revue Critique et dirigée par Alexandre Ralli. Devant ces prestigieux suiveurs, Albert Pigasse et ses collaborateurs diversifieront alors leurs éditions dans des branchages allant du roman d'espionnage, au thriller en passant par le western et le gothique (Sénéchal) mais en gardant toujours pérenne la racine du roman policier.
Maillot jaune de l'édition, Le Masque est reconnaissable à ses couvertures cartonnées de la même couleur. Celle-ci faisant certainement référence au mot italien giallo qui désignait le roman policier en Italie et renvoyait à une autre célèbre collection des éditions Mondadori datant de 1929. Julien Védrenne souligne également que dès le numéro deux paru au Masque, les couvertures se verront enrichies de jaquettes illustrées par des talents dénichés par Pigasse: Léandre, Vauxcelle et surtout Jean Bernard qui signera près de 210 jaquettes.

C'est pourtant aux couvertures de la collection Le Club des Masques que je voudrais m'attacher. Sous-titrée Les Maîtres du roman Policier, de l'Aventure et du Mystère, cette collection, crée dans les années 70 par la librairie des Champs-Elysées, gérait la réédition des classiques de la collection Masques. Charles Exbrayat, créateur de l'irrésistible Imogène, en sera le directeur. Chaque livre à couverture cartonnée souple mesurait 11 x 16,5 cm et était, pour la majorité, imprimé par Brodard et Taupin. Il est amusant de noter que c'est justement cette imprimerie, d'abord implantée dans le XVe parisien, qui sera à l'origine du livre de poche (Debonne).


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le premier atelier de Joseph Taupin, rue saint-Amand (coll. Christian Taupin) - image via paris15histoire


Joseph Taupin avait en effet repris dès 1908 l'atelier d'une société de brochage et de cartonnage de livres sis rue Saint Amand. Modernisant l'entreprise et ses machines, il travaille pour la Mairie de Paris et pour la Revue des Deux Mondes entre autres. Un des administrateurs de la Librairie Hachette le présente alors à Paul Brodard qui est imprimeur à Coulommiers; les deux hommes s'entendent et de leur complémentarité naît en 1923 la Société Imprimerie Brodard et Ateliers Joseph Taupin Réunis. Brodard meurt en 1929 et c'est Taupin qui gère le nouvel empire, «les 30 presses typographiques de Coulommiers alimentent les ateliers de couture et brochage» et permettent la sortie de 27000 volumes / jour. L'Occupation sera clémente à la Société qui produit les livres de classe des petits allemands et à la Libération c'est vers les Etats-Unis et leurs prouesses techniques que se tourne Joseph Taupin qui garde le sens du vent et des affaires. «Toujours en quête d'innovations, Joseph Taupin apprend qu'une nouvelle machine est en fabrication aux Etats-unis qui permet le brochage sans couture, simplement par collage du dos du livre. Il ne tergiverse pas, il la commande, pour atteindre son objectif: répondre à de fortes demandes de livres à un prix accessible au plus grand nombre de lecteurs. Cette machine sera d'ailleurs à l'origine de la naissance du Livre de Poche auquel il songeait mais que Joseph Taupin ne connaitra pas. Il décède le 4 août 1950, le jour où la machine est livrée à Paris». Avec plus de vingt millions de livres par an, les locaux agrandis de la rue Saint Amand deviennent obsolètes et c'est à La Flèche (Sarthe) que finiront par s'installer les Presses Brodard & Taupin.


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image via Nigel Beale


Le Masque doit donc beaucoup au format poche qui fut développé dans les années 30 et connu sa première naissance industrielle au travers des éditions Albatross fondées à Hambourg en 1932 par John Holroyd-Reece, Max Wegner et Kurt Enoch. L'idée était de tenir compte de la rentabilité des presses pour produire des livres à bon marché, reliés en dos-carré-collé sans coutures, et avec un tirage dépassant souvent les 15000 exemplaires permettant ainsi un prix unitaire très bas. Le format était alors de 11,1x 18,1 cm, proportions dites idéales par Enoch et intitulées The Golden Mean en référence à la pensée Aristotélicienne du juste milieu désirable car lieu d'équilibre entre les extrêmes. Si le format poche insistait donc sur la pérennité économique et que les critiques contre-carraient en parlant de (mauvaise) qualité, il faut simplement rappeler que la Grèce, toujours, avec son idée de la Beauté comme équilibre entre symétrie, proportion et harmonie influença les graphistes qui travaillèrent pour le format poche en faisant, à l'instar de Tschichold chez Penguin, un objet beau. Pas forcément un beau livre mais un livre harmonieux et moderne.


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Jan Tschichold et Erik Ellegaard Frederiksen, détail de la mise en page de la collection Fiction aux éditions Penguin (via typeslashcode)

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grille de couverture par Tschichold


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Jacques Prévert, Spectacle, LDP 1959, image via actualités 34


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Jacques Prévert, Paroles, LDP 1946, image via actualités 34


En France c'est Henri Filipacchi alors secrétaire général des Messageries Hachette, qui crée en 1953 la collection LDP pour Livre de Poche. Selon Christine Ferniot, la légende veut qu'en voyant un soldat américain déchirer en deux un livre pour mieux le rentrer dans sa poche, il pensa à (re)exploiter ce format, pas si révolutionnaire que ça, puisque en 1905, les éditions Taillandier avaient déjà commercialisé un format mini à petit prix. Les couvertures du LDP rappellent les affiches de cinéma, une façon sans doute de désacraliser le livre, mais aussi, inconsciemment, de souligner les liens fraternels entre cinéma et livre. Ceci pas uniquement sur le registre de l'adaptation mais aussi de la technique qui, dans les années 50-60, est la même pour le cinéma et le design de livres. Les films des uns et des autres étant développés dans les mêmes ateliers.
Preuve de cette liaison bivitelline, les couvertures de Faucheux et Prévert qui semblent s'animer des signes de Brassaï pour mieux signifier Spectacle, Paroles, Histoires.


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haut: extrait d'un photogramme du Samouraï de J.P. Melville (1967). Le profil connoté du tueur ou de l'inspecteur au feutre, à la gabardine et au trench.



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A.Christie, L'Heure Zéro, ed. 1984 (photo Patrick Magaud)
A. Christie, Le Meurtre de Roger Ackroyd, ed. 1980 (photo Patrick Magaud?)

Revenons aux couvertures du Club des Masques. Il y a là des Mystères que le plus chevronné des détectives privés ne pourrait élucider. Des phrases-visuelles comme des sous-titres énigmatiques et par là même ouvertes à toutes les interprétations. C'est un article de Patrice Houzeau qui m'a remis sur la piste de ces livres que l'on collectionnait chez moi comme chez d'autres. A priori ces couvertures ne sont que des images. Un principe en apparence simple les regroupent: pour une première série le nom de l'auteur et le titre sont en bandeau de tête surplombant une «image étrange» comme l'écrit Houzeau. Pour une autre la typographie se cale de façon centrée, posée à même l'image photographique censée «illustrer» le roman.


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noircnoir8.jpgLe mot Mystère sied à propos tant l'idée de rituel semble guider ces images censées parler de meurtre  sans le montrer. Elles créent un micro-monde, une scène primordiale qui n'est déjà plus celle du crime et pas encore celle du chuchotement au général «souviens-toi que tu vas mourir». Les éléments, tous symboliques à des degrés divers, prennent place et renvoient au genre typiquement hollandais du XVIIème siècle ici modernisé sous la forme de Vanités contemporaines. Ces compositions photographiques (le nom de Patrick Magaud revient régulièrement sur ces couvertures pour la plupart non signées) deviennent parfois peintures analytiques et la forme du trompe-l'oeil renforce alors la nature des romans: faire croire à la perfection du crime. Véritables natures mortes, même si le mot anglais de still life serait plus approprié tant la mort semble absente, ou plutôt flottante, ces images fascinent et intriguent. On pourrait les rapprocher des allégories-inventions littéraires et voir les vices ou les vertus s'y disputer comme dans la Psychomancie de Prudence.


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de haut en bas: Sébastien Stoskopff, Nature Morte au Nautile, c.1630 (via wodka blog) /
École Flamande du XVIIIè siècle, atelier de Marinus van Reymerswaele, Saint Jérôme dans son Cabinet (via Alain Truong) / Juan de Valdés Leal, Allegory of Vanity, 1660 (via Alain Truong, merci!) / James Hopkins, Wasted Youth, Galerie Cosmic, 2006 (via wodka blog)



noircnoir12.jpgnoircnoir13.jpgnoircnoir14.jpgcomme dans les Vanités, le motif du revolver revient très souvent dans les compositions photographiques ou peintes du Club des Masques, avec souvent aussi un fond neutre sur lequel se détache les objets indiciels.


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Pourtant c'est à un genre qui n'est ni la nature morte, ni la vanité qu'appartiennent ces images bavardes et posées. Un roman d'Agatha Christie pourrait nous mettre sur la voie; dans Poirot Joue Le Jeu, le détective belge enquête à Nasse House où une «course à l'assassin» (Murder Hunt) a été organisée par Ariadne Olivier dans les jardins du domaine. Le titre anglais, Dead Man's Folly, rappelle que ces mêmes jardins abritent une folie (folly), un temple romain qui devient le centre du mystère.
Durant la course à l'assassin, pleine d'indices sous formes de rébus visuels et de jeux formels (cascade pour cheveux, buste de statue pour homme, etc.), Poirot tombe sur une vraie morte et la vraie enquête peut démarrer. C'est donc potentiellement sous le régime des folies, du faux et des indices que ces images se rangent.

Les folies sont, par leur définition même, des architectures construites pour la décoration d'où leur extravagance. Le XVIIIème est plein de ces temples romains symbolisant les vertus classiques et le XIXème enfoncera le clou en privilégiant également ces excentricités architecturales qui n'hésitaient pas à planter des pyramides égyptiennes ou de fausses ruines en plein milieu de jardins privés. Hyper-ornementales les folies portent en elle le faux, la tromperie sympathique qui ferait prendre des vessies pour des lanternes chinoises, mais elles sont aussi chargées d'indices.


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la publication de Pevsner sur l'architecture du Northamptonshire met en couverture une photographie du Triangular Lodge. Une vue des 9 fenêtres a été dessinée par J.A. Gotch en 1882 (source RIBA British Architectural Library Drawings & Archives Collection)


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Un des exemples les plus connus pour les anglo-saxons, et qui pré-date d'ailleurs la folie pour les folies, est Rushton Triangular Lodge construit en 1593 par Sir Thomas Tresham, politicien catholique de la fin du règne des Tudors. Les ornements que l'on trouve sur ce bâtiment pourraient n'être que des prouesses des architectes et sculpteurs de la région, mais comme le souligne Nikolaus Pevsner, there is more than meet the eye dans cette architecture. Le nombre trois est ainsi au centre de cette folie. Trois, symbole de la Sainte Trinité, qui se retrouve sur l'inscription de Saint Jean au fronton: Tres Testimonium Dant ( Il y a Trois qui est Témoignage). C'est aussi un jeu de mots sur le surnom donné par l'épouse de Tresham qui l'appelait Good Tres dans ses lettres. Ce testament à la foi du seigneur des lieux est souligné encore au-dessus de la porte principale. On a longtemps cru que le nombre 5555 y était inscrit mais Pevsner pense lui que la typographie trompeuse et le temps ont effacé ce qui devait être à l'origine le nombre 3333. Pourtant de récentes recherches penchent pour la version originale du 5555 qui, soustrait à la date de fin de construction de Rushton Lodge (1597), donne le chiffre 3958 qui selon Bede, célèbre moine de la région, correspond à la date du Déluge.
La chasse aux indices pourrait continuer indéfiniment, on notera simplement au passage, que cette folie ostentatoire est pourtant passée, incognito, au travers des mailles de la répression contre les catholiques. Alan Moore se servira d'ailleurs du Triangular Lodge comme décor à son premier roman Voice of the Fire qui se situe dans sa région natale de Northampton et conte l'histoire anglaise sur près de 6000 ans.


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noircnoir23.jpgLes couvertures du Club des Masques sont elles aussi indicielles. On y retrouve des motifs répétitifs comme dans la série des livres de Rex Stout où une orchidée apparaît en permanence. Dans la croyance vietnamienne, l'orchidée est l'allégorie de la jeune fille. Mais l'orchidée, à la forme si évocatrice, tient aussi l'origine de son nom (orchis) d'une partie génitale masculine. Cette dualité en fait le symbole total de l'énigme sacrée, celle de l'androgynité. Pourtant l'orchidée ne semble présente sur ces couvertures que parce que Nero Wolfe, le héros épicurien de Stout est lui-même amateur de cette fleur... ou bien est-ce un pied de nez à la misogynie dont est affublé Wolfe?


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D'autres motifs connotés apparaissent, le revolver, les fleurs fanées, les reflets et les pendules. Ils se lisent comme autant de rappels de leurs aînés en peinture classique, les dés, la pipe, les bijoux, la bougie, les fleurs, les fruits qui sont des symboles de toute vanité; temps qui passe, déchéance, corruption de toute matière, connaissance, joies de l'existence... mais encore une fois l'intérêt est dans les détails de ces couvertures-folies qui en disent long même si, naturellement, on n'a pas lu les livres. Ainsi la série des livres de Catherine Arley, de son vrai nom Pierrette Pernot, comédienne puis romancière immorale. Le masque de comédie que l'on retrouve sur chacune de ses couvertures renvoie certainement à la dramaturgie de ses romans; des mécaniques parfaites qui s'appuyaient sur la part sombre que nous posséderions tous: «Nous sommes tous - et toutes! - capables de tuer. Pour chacun de nous il s'agit, le cas échéant, d'une motivation différente, mais chacun est prêt à tuer : les uns par pitié, les autres par haine ou par cupidité. C'est ce côté obscur de l'être humain qui m'intéresse et que je tente d'expliquer, de décrire.» (1)


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Ainsi chaque couverture du Club révèle la rigueur de mises-en-scènes picturalo-théâtrales. Des folies visuelles qui nous dévoilent des mystères comme autant de rébus et énigmes à clés. Un air suranné ne les quitte pas, celui de ces cartes postales bon marché aux compositions étranges (comme dans ces couvertures pour Le Hameau Perdu de E.C.R. Lorac ou La Belle Véronaise d'Exbrayat); bref un souffle un peu seventies, période de création oblige, chatouille notre interprétation de ces images. Les compositions sont tour à tour naturalistes voire carrément surréalistes. Les échos sont nombreux à l'histoire de l'art, nous l'avons souligné, mais résonnent aussi les influences de photographes de l'époque. On peut ainsi reconnaître une certaine patte hamiltonienne dans des flous brumeux autour de jeunes filles en fleur. Plus étrange encore, à ce jeu des familiarités, la couverture de La Mort Plane qui renvoie à l'imagerie autant en emporte le vent et aux dessins de Kara Walker.
Ces couvertures remplissaient cependant leur rôle: donner envie et intriguer. Amateur ou pas, il était impossible de ne pas succomber à ces imageries d'un autre Épinal sombre et criminel.


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la quatrième de couverture pour Des Demoiselles Imprudentes porte la mention caractéristique: At. Pierre Faucheux


Pierre Faucheux, figure tutélaire du livre, reprendra à sa manière ces couvertures pour le Livre de Poche Policier. À l'inverse des micro-mondes quasi-vaudouistes et surréalistes du Club des Masques, ses couvertures jouent de compositions sur la double (1ère et 4ème) aidées d'une typographie active qui vient zébrer une pleine image souvent réalisée par la méthode du photo-collage et du montage. Elles font penser à des photogrammes figés, des instantanés aux cadrages surprenants qui indiquent un point de vue qui n'est plus celui, englobant et central, de la nature morte. Ainsi Les Messieurs de Delft d'Exbrayat aux fenêtres ouvrant sur des formes fantômatiques elles mêmes nimbées dans un brouillard pas si néerlandais que ça. Ou encore la couverture pour Une Petite Morte de Rien du Tout (Exbrayat). Elle est un autre clin d'oeil aux cadrages cinématographiques chers à Bazin qui voyait dans le cadre la preuve de l'existence d'un centre (Tardivon), point d'où graviteront le reste de l'image et le hors-champ. Le cadre devenant à la fois un cache et une fenêtre, insistons ici sur la différence toute bazinienne entre Renoir et Hitchcock. Renoir qui voyait le cadre comme un cache mouvant et Hitchcock qui, à l'inverse, se servait souvent du cadre pour fermer l'espace, le contenir et «opérer un enfermement de toutes les composantes».(2) Ces règles se retrouvent dans la composition d'une couverture qui cadre mais paradoxalement ouvre la lecture.


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On peut ainsi jouer des parallélismes ou des différences entre les couvertures de Faucheux et celles du Club. Voir, dans le cas de Dors Tranquille Katherine, ne pas ignorer la couverture dessinée pour Le Club du Livre Policier qui lui redonne un aspect livre broché de luxe tout à fait curieux.
Les motifs, les lignes éditoriales, les choix esthétiques varient. Une constante pourtant, ces livres de poches, n'en déplaise à Sartre, feront dire à Giono qu'ils sont « le plus puissant instrument de culture de la civilisation moderne» (3). Le Club des Masques en aura largement fait la preuve, au moins visuellement.


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toutes les images sont © Les éditions du Masque et Le Livre de Poche Policier




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(1) Françoise Janin, in Arley, Catherine, Les Beaux Messieurs Font Comme Ça, Paris, 1968
(2) Le Hors-Champ - CCC
(3) cité par Christine Ferniot dans son article du nº3155 de Télérama: Des Histoires Plein Les Poches, p.42
(3-9 Juillet 2010)



En parlant de collages...

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Paul Mpagi Sepuya et Timothy Hull ont dernièrement sorti en tirage limité chez Printed Matter leur livre The Accidental Egyptian and Occidental Arrangements aux curieuses compositions. Tirées de leur collection d'images, celles-ci suggèrent de nouveaux arrangements, des doublages, des dialogues entre éléments répétés et diffractés. Que peuvent avoir en commun des ruines égyptiennes, la côte du Maine et un portrait? Faisant suite à leur collaboration pour le numéro de TOKION sur... la collaboration, The Accidental Egyptian and Occidental Arrangements souligne l'intérêt de Sepuya et Hull pour la photocopie et le collage mais aussi pour les dialogues cachés, la restauration d'imageries passées, bref cette sorte de nécrophagie bon enfant qui ferait de ces deux artistes des saprophytes d'images en décomposition... ou bien serait-ce que leurs décompositions d'images en font des saprophytes?


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Timothy Hull


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Timothy Hull, Come l'Egitto Ha Rovinato La Mia Vita, Milan (2008)



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Timothy Hull, studio view, gel pen drawings with oil paintings (2010)


Roman du Futur

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illustration: Bob Pepper (image via metoikosdraig)


171-61.jpgillustration: David Pelham (1976)


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illustration: David Pelham (via Fin Fahey). Sympathique critique-trouvée de Fin: «I like the way this cover manages to represent the ubiquitousness of the demin jacket at the time it was first published, since the book is entirely concerned with time and culture. For a scientist, Sir Fred let his imagination get the better of him at times (mainly towards the end of his life), but who's complaining really, it's a virtue in a writer - and we have a number of fine SF books to show as a result. Not to speak of A for Andromeda...». Curieusement ou par simple effet miroir, cette image en appelle une autre vue sur le site du FRAC Pays-de-Loire et tirée de l'excellente exposition Dreamologie Domestique d'Alexandra Midal (voir ci-dessous)


dream3.jpgHans-Peter Feldmann, David, 1990 (cliché M.Guénon, ©frac pays de loire)


Si vos lectures d'été ont l'encéphalogramme plat, vous pouvez regarder du côté de ce site pour trouver matière à voir et lire. Les illustrations aérographées de David Pelham pour Penguin Sci-Fi, dont la plus connue est celle pour October the First is Too Late, sont significatives de cet engouement très 70s pour l'air brush, le collage et les mariages d'images anachroniques.

Un groupe très select sur Flickr® recense tous les collectionneurs des couvertures, nombreuses, des livres de poches de Penguin. Le travail graphique fait pour ces éditions à bas coût est terriblement inspirant. Et il suffit de lire l'article de CR (dont sont tirées les images suivantes) pour réaliser que les britanniques ont peut-être plus vite compris l'intérêt de soigner ces livres-à-pas-cher.

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illustrations: David Pelham (via Creative Review)


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illustrations: haut- David Pelham (1972) / bas- Roman Cieslewicz (couverture de Eye 09, 1993)


Et si vraiment la lecture et les clins d'oeil ne vous séduisent pas, construisez vous un casque, certains y passent leur temps pour des résultats sciencefictionnesques!





Roman au Royal

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Il est encore temps d'aller voir la rétrospective Cieslewicz au Royal College de Londres visible jusqu'au 7 Août. Sous le double commissariat de David Crowley et de Andrzej Klimowski assistés d'Anna Graowska-Konwent (Musée de Poznan) et avec le patronnage de l'Institut Culturel Polonais et l'Institut Adam Mickiewicz, sont présentés les travaux, affiches, entretiens, d'un des graphistes les plus talentueux et surréalistes de ces dernières années.

À défaut vous pouvez toujours (re)lire le superbe opus que Margo Rouard-Snowman avait consacré au père du collage et des images ou lire (en v.o.) l'article élogieux de John L. Walters pour Eye.


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image © Eye 2010


Gardant l'oeil ouvert (!), voici une pépite découverte dans la foulée de ce billet et que je partage avec vous. Elle vient directement du Portugal, terre convertie depuis belle lurette au graphisme pointu, sous la plume de Pedro Marques. Vademecum dla snobki i snoba est un livre de Jerzy Wittlin, mis en page en 1975 par Roman Cieslewicz alors au sommet de son art. Comme le décrit Marques, le livre porte la signature «très visible» de son maquettiste et sa mise en forme respecte le terme principal du livre: vademecum, sorte de guide. On ne s'étonne donc pas de voir un double colonnage avec un usage typique de la Futura et l'Helvetica.


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images via le blog de Pedro Marques (merci!)


Ce que note joliment Marques c'est aussi que le temps a nostalgifier cet objet. La pulpe du papier a jauni rendant un effet newsprint qui souligne toute «l'acidité» de Cieslewicz. [...] Le livre est comme une «capsule temporelle en provenance directe de la période post-Pop et contenant un mix de sophistication ouest-européenne et de satire traditionnelle polonaise, un mélange étrange que personnifia toute sa carrière Roman Cieslewicz».


En parlant de lectures...

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logans_sm.jpegPour le retour des juilletistes et pour les aoutiens déjà sur le départ, une summer-list à prendre dans le désordre. De la futurologie vraie ou feinte, du rétro-futurisme aussi, un petit bonhomme belge qui aurait pu être un Saussure (nous en reparlerons), du grec, du latin... et surtout être dans la peau de Woody Allen, irremplaçable... Bonnes lectures!



La Chambre de Lecture

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The Reading Room est un salon de lecture berlinois, nouvelle (et énième!) archive sur les pratiques artistiques contemporaines liées à l'édition et l'impression.
Un projet généreux de Dominique Hurth et Ciarán Walsh.