avril 2010 Archives

JLG Socialismes



D'après le Point, il paraît qu'à la question du comité cannois «dans quel cadre souhaiteriez-vous voir le film présenté», Jean-Luc Godard aurait répondu, parlant de son dernier opus Film Socialisme, «où vous voulez, quand vous voulez». Peut-être parce que le cadre au cinéma c'est aussi une manière de définir un hors-champ, un où-vous-voulez-quand-vous-voulez tant on sait que le hors-champ reste cette figure du double indépendant du champ et qu'il peut s'y passer (ou pas) toute(s) chose(s).

La bande-annonce(s) de Film Socialisme est donc comme le hors-champ du film de Godard. On y voit des extraits, des morceaux qui sont un avant-film voir, comme l'évoquent brillamment Martial Pisani et Arthur Mas dans Independencia, un film tout court. Bien sûr on y retrouve la geste godardienne de la citation mais nouveauté ou extension de la matière temporelle, la bande-annonce typiquement à la Godard s'accélère pour révéler tous les plans du film. Comme un livre qu'on feuilleterait en continu, attrapant au passage des mots qui résonneraient avec d'autres dans l'espace et le temps, Socialismes se dévoile comme une traversée. Un paquebot, une croisière, de l'or, des salauds, des choses, des paroles... les cartons s'enchaînent dans la bande-annonce s'additionnant à une liste qui n'a pas forcément commencée au début et ne finira certainement pas à la fin.




L'histoire comme mythe et le cinéma comme image écrite, voilà en résumé ce que pourrait être Socialismes et/ou sa bande-annonce tant les deux deviennent le hors-de de l'autre...

NB! Les Inrocks annoncent que le film de Godard sera disponible en VOD les 17 et 18 Mai sur le site de Filmo TV. (Merci Al!)


Recto Verso nº6

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Nadia Ehrmann, récemment diplômée de l'option Communication, est invitée par Arnaud Fourrier et le CAC Colomiers à une rencontre avec le public autour de la présentation de son travail et d'une discussion autour de la relation commanditaire/graphiste. Le 28 Mai à 14h à L'espace des arts.


Le come-back de la Frange

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Checkpoint Charlie (Berlin, Kreuzberg) c.1961 (via cs.uth.edu)


Le colloque Aborder les Bordures, qui a lieu à l'ISELP à Bruxelles, questionne comme l'époque la notion des frontières dans un contexte où la Belgique se demande, elle, si les spectres trop connus des étanchéités entre régions pourraient faire leur come-back.

Si la notion de limite semble donc «géographier» le monde des arts, elle renvoie de manière amusante à un ouvrage (A Discourse Concerning the Nature and Certainty of Sir Isaac Newton's Method of Fluxions and Prime and Ultimate Ratios) de B.Robins, mathématicien du XVIIIe, dont l'Encyclopédie Universalis nous dit qu'il était une réponse critique au philosophe Berkeley et son questionnement du calcul infinitésimal chez Newton. Bref, la notion de limite a divisé (!) le monde mathématique qui cherche précisement dans les suites ou les fonctions à s'approcher de valeurs particulières lorsque les variables de celles-ci atteignent des valeurs extrêmes.

Lorsque les bordures s'abordent il faut savoir quel(s) territoire(s) elles déterminent. Des lieux aux limites s'effaçant partiellement par frottement mutuel, mais des lieux qui, à leurs extrêmes donc, montrent à quel point il est compliqué de vouloir dessiner des repères fixes. La détermination servant avant tout à souligner cette non-fixité des frontières et l'importance d'un possible hors-champ qui serait lui sans limites.

Le bord précise alors un dehors et un dedans mais plus radicalement un au-delà. Cette limite post-horizon où mathématiquement les régions sont infinies et où la limite n'est plus qu'une variable. Ce que finalement elle devient, une variable variante. Un indicateur qui bouge sans cesse, l'aborder revenant alors à s'essouffler. Car la limite se fait faille lorsque l'on cherche à trop vouloir la contraindre...

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Alors pourquoi la frange? Parce que si Julien Doré joue les garçons-coiffeurs signalant la mode de la mèche Beatles «à la capitale», celle du rideau frontal, nouvelle limite au-dessus des yeux, est aussi au goût du jour. Très années 20, la frange droite est à notre époque ce que le front haut était au Moyen Âge. Un critère de beauté qui montre bien que les limites de l'idéal, dans ce cas, sont fluctuantes puisque la frange était de nouveau hype dans les 80s en même temps qu'un David Lynch ferait de ses Bene Gesserit des femmes de savoir au front dégagé comme une vision détournée d'une femme médiévale idéalisée par Adam de la Halle en 1276 («Elle a le front bien proportionné, blanc, lisse, large et dégagé» -- Le Jeu de la Feuillée).

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Bat for Lashes, Sleep Alone, 2009 (emi)


Il est là aussi amusant de comparer les clips de la leadeuse des Bat For Lashes (Sleep Alone) et d'Alizée qui chacune portent la frange comme nouvel attribut féminin dans des vidéos onirisantes de femmes-enfants fatales (encore des limites). Il y est question de ne pas dormir seule, de traverser la mer et de rejoindre les Hespérides, ce jardin à la limite occidentale du monde.
De manière triviale donc cette notion de limite s'applique à toutes les questions où le passage d'une mode à l'autre, d'un état à l'autre montre à quel point nous vivons encore cloîtrés et qu'atteindre la limite est peut-être mieux que de l'aborder...




Julien coiffeur

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merci à HMH pour les images de «coupes»


Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d'amour... est un film de Pascal Thomas. En plus d'être un des films français au titre le plus long (battu cependant par un film de 2005, Night of the Day of the Dawn of the Son of the Bride of the Return of the Revenge of the Terror of the Attack of the Evil, Mutant, Hellbound, Flesh-Eating Subhumanoid Zombified Living Dead, Part 3) est un film où évolue Julien Doré sorte de miroir de notre époque et en même temps véritable original comme semble le croire Jean-Yves Jouannais. Il faut donc admirer la scène d'introduction, avec l'accent sudiste, dans le salon de coiffure. Moment impeccable d'une «listologie» de la coupe.




Prisonniers du Soleil

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Le Frac IdF, Le Plateau, présente Prisonniers du Soleil, exploration de l'art et des ses rapports aux savoirs. Une exploration initiée par le commissaire-critique Guillaume Désanges et qui avait démarrée par La Planète des Signes et se poursuit ici par une ouverture vers l'architecture et ses folies...

Vous pouvez télécharger le journal de l'exposition:
Prisonniersdusoleil.pdf


A&N

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©Noam Toran, The MacGuffin Library, 2008 (résine polymère, textes, vidéos) en collaboration avec Onkar Kular et Keith Jones (photo Sylvain Deleu)


Le Lieu du Design expose le travail du designer-directeur Noam Toran du 24 Juin au 21 Août 2010. « Remarquée à la Biennale d'Architecture de Venise (2004), au Mudam (2007) ou encore au MOMA (2008), l'œuvre de Noam Toran reconsidère les besoins négligés et révèle par là même une complexité psychologique souvent cachée tout en questionnant le terrain d'action moraliste du design et de la production industrielle en général.

Conçue par la critique Alexandra Midal pour le Lieu du Design, sur une proposition du Frac Ile-de-France, cette première exposition de Noam Toran en France est l'occasion de découvrir - entre autres - l'installation Desire Management. Soit un ensemble d'objets et de films qui témoigne de la manière dont le design peut accompagner et favoriser les comportements peu ordinaires de certains individus.
Parmi les éléments exposés, notons d'ores et déjà un curieux trolley qui permet aux hôtesses traumatisées de s'entraîner à domicile pour un service adéquat même en période de turbulences. En d'autres mots, et pour le plus grand étonnement de tous, Noam Toran imagine non sans humour des
objets fictionnels


XXIe Festival de Chaumont

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Week-end d'ouverture du Festival de Chaumont les 29 et 30 Mai. Cette année l'affiche est crée par une pointure incontournable du graphisme hollandais, Karel Martens, dont Etienne Mineur présentait la monographie Printed Matter sur son blog. Et pour les afficionados, une vidéo de KM sur Vimeo (par Grafik) ci-dessous:




Paléorama

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Ariane Michel, Les Yeux Ronds, 2005 (image via Paris-Art)


Ariane Michel expose ses vidéos-installations à la FE-Ricard. Après «les hommes», Ariane présente aussi les animaux. Paléorama est incroyable, il suffit de voir «La Cave» (2009) pour s'en persuader.


JYJ & L'Encyclopédie + le 104

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Dimitri Tsykalov, 14,5mm QJG-02, 2008, digigraphie, 205x160cm
© DR (via Centre Pompidou)



C'est à de curieuses lectures que Jean-Yves Jouannais et le Centre Pompidou vous convie. Des lectures-performances sur le thème encyclopédique de la guerre (pourquoi? c'est justement la question...). La prochaine sera le 15 Avril, il s'agira alors de déflorer la lettre «F»...

Notez aussi dans vos tablettes que les ateliers du CentQuatre ouvrent le week-end du 17-18 Avril. En savoir plus sur www.104.fr


Crime & Châtiment

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dessin de Pépin paru à la une de l'Éclipse (1868) (via renneville)


Une étonnante exposition à voir au Musée d'Orsay  et qui court sur la période de 1791 à 1981 (avec un intérêt particulier pour tout le XIXe, Orsay oblige) soit celle qui ceinture donc la mise en place de la guillotine comme méthode moderne et toutes classes confondues de peine capitale et l'abolition de celle-ci dans les années 80.
D'abord un projet de maître Badinter qui voulait présenter une sorte de panorama de l'évolution des moeurs judiciaires (je raccourcis volontairement), le projet est étendu ici par Jean Clair (le commissaire de l'exposition) qui en fait une sorte de vision de l'art au travers de la notion de crime et donc de châtiment (et inversement).


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Claude Chabrol, La Femme Infidèle (1969)


Entre têtes décollées et membres en vadrouille, entre faits divers et films de Chabrol, entre phrénologie et art des profilers, c'est donc une sorte de plongée dans le Mal et ses avatars à laquelle nous sommes conviés. L'immontrable peut-il être rendu visible? C'est une des questions de l'exposition qui en soulève d'autres... ainsi la fascination pour les criminels serait-elle une sorte d'érotisation (comme les surréalistes auraient pu le revendiquer) de la figure maléfique? Et quid de cette science qui se plaît à tout contrôler et mesurer au point de vouloir croire que les têtes décapitées peuvent encore parler pour peu qu'on les stimule électriquement... fascinant!


Les Dragons existent?

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image via wikimedia

Toujours sur Arte (décidément!) un documentaire ce soir à 22h45 de Vincent Amouroux sur l'étrange Willem Heurtz, espèce quasi-disparue du doux-dingue, qui croit en l'existence des animaux cracheurs de feu.
Les mythes ont la vie dure, les dragons aussi. Et il sera intéressant de voir et d'écouter les arguments prônant leur existence... entre réalisme et magie c'est donc à un pan de la croyance que nous convie la chaîne culturelle européenne ce soir. Belles Pâques!


Kawamata

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Tadashi Kawamata, Toronto, 1989 (image via: the Centre for Contemporary Art, Poland)


Le plasticien Kawamata est visible sur Arte+7 dans un reportage-film d'Éric Beaufils présentant notamment le projet Foot-Path réalisé lors de la Biennale EVENTO à Bordeaux cet hiver. À voir ou revoir!