Pelechian le poète

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Artavazd Pelechian, le poète cinéaste arménien (photo du film ©Films sans Frontières)

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Artavazd Pelechian, le poète cinéaste arménien (photo du film ©Films sans Frontières)


Je dois remercier Jean-Jacques Birgé pour la redécouverte des films du réalisateur arménien Artavazd Pelechian qui fut le co-disciple à la fin des années 60 d'Andrei Tarkovski au VGIK de Moscou. Le site officiel de Pelechian, dont le rédacteur en chef est l'excellent Pierre Arbus, retrace admirablement son parcours atypique. On y lit notamment des extraits de son livre Mon Cinéma. Il y est question du positionnement de Pelechian face au modèle Vertovo-Einseinsteinien, si l'on peut dire. Un modèle qui était une manière de comprendre le montage comme moyen de créer une juxtaposition réciproque (ce que Vertov appelle «un intervalle»).
Pelechian s'en éloigne et propose un «montage à contrepoint». Comme il l'explique: «C'est lors de mon travail sur le film Nous que j'ai acquis la certitude que mon intérêt était attiré ailleurs, que l'essence même et l'accent principal du montage résidait pour moi moins dans l'assemblage des scènes que dans la possibilité de les disjoindre, non dans leur juxtaposition mais dans leur séparation. Il m'apparut clairement que ce qui m'intéressait avant tout ce n'était pas de réunir deux éléments de montage, mais bien plutôt de les séparer en insérant entre eux un troisième, cinquième, voire dixième élément.
En présence de deux plans importants, porteurs de sens, je m'efforce, non pas de les rapprocher, ni de les confronter, mais plutôt de créer une distance entre eux. Ce n'est pas par la juxtaposition de deux plans mais bien par leur intéraction par l'intermédiaire de nombreux maillons que je parviens à exprimer l'idée de façon optimale. L'expression du sens acquiert alors une portée bien plus forte et plus profonde que par collage direct. L'expressivité devient alors plus intense et la capacité informative du film prend des proportions colossales.»

Pelechian travaille avec les images comme avec une partition de musique. La distance se crée par cette adjonction de différentes notes entre les morceaux principaux. Il ne s'agit pas tant de créer du lien que de faire de l'entre.
Dans le film The End (1991), Pelechian suture les plans trouvés d'un voyage en train pour évoquer une vision plus vaste de la vie qui passe. C'est justement cet éloignement dans la proximité de plus en plus intangible des plans qui fait toute la saveur des films de Pelechian. On l'a appelé le poète, ce n'est sans doute pas pour rien. Il aurait pu faire sienne la devise mallarmienne qui voyait la poésie non comme une suite de mots mais plutôt une suite de blanc. Et cette suite d'espaces faussement neutres font le poème.