septembre 2009 Archives

La Collection Félix Potin

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Vous trouverez sur le site de cet archiviste généreux une collection amusante, ou plutôt des variations autour de l'idée de collection d'images.
La plus intéressante est celle qui fut crée spécifiquement en 1885 par Félix Potin, roi de la grande distribution et précurseur en la matière. Pour fidéliser sa clientèle il décide d'offrir à chacun de ses clients une image, presque comme un bon point; plus vous achetez à l'enseigne Félix Potin plus vous recevez d'images. Celles-ci sont regroupées par genre (figures politiques, figures sportives, figures artistiques, etc.) dans différents cahiers-albums selon les périodes de cette véritable campagne virale de fidélisation. Le tout premier album à sortir sera la collection CHOCOLAT FÉLIX POTIN (c.1885-88), les autres se bornant au titre explicite COLLECTION FÉLIX POTIN (à partir de 1908).


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Chaque album contenait 500 images-à-collectionner chacune d'environ 4cm x 8 cm. On imagine que le client potentiel des enseignes Potin pouvait se le procurer avant ou après le démarrage de la cueillette de ces images-vignettes rappelant furieusement le principe des plus contemporaines 'images-panini'.
Selon Histoire-Image (site de la Réunion des Musées Nationaux en association avec la Direction des Archives de France), certaines des photographies de ces albums Potin auraient été prises par le photographe Pierre Petit, élève de Disdéri (inventeur de la photo-carte, petit format pouvant servir de carte de visite). Petit avait en 1859 démarrer un projet pharaonique, celui de produire une galerie des Hommes du Jour. C'est peut-être cette ambition de collecter les grandes figures du siècle qui a motivé Potin à créer son système de cartes-photos à collectionner.

C1 P33.JPGVoilà en tout cas un document plus qu'intéressant sur la vision d'une société fin XIXè siècle encore très masculine, pétrie de glorification des êtres maintenant oubliés pour la plupart. On y constate une classification des 500 personnalités de leur temps qui donne un aperçu de ce qui comptait à l'époque. Entre vieilles gloires et jeunes aventuriers, princes et politiques, se dessine un arbre généalogique de pages de dictionnaire où les visages impassibles côtoient en miroir leur biographie succinte.


L'Enfer Bis

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Nous en parlions déjà ce printemps, les rushs/essais de Romy Schneider pour L'Enfer de Henri-Georges Clouzot seront visibles au cinéma ce Novembre 2009. Les bandes ont été retrouvées un peu par hasard mais il a fallut toute la passion de Serge Bromberg et Ruxandra Medea pour que ce projet de 1964 (re)voit le jour.
Cette histoire surréaliste de folie et de jalousie qui, au visionnage des bouts d'essais de Romy Schneider, promettait aussi d'être un film au formalisme expérimental, sera sur les écrans ce 9 Novembre 2009. À voir absolument.


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Henri-Georges Clouzot, photogramme L'Enfer, 1964 (image Evene.fr)


sergebromberg.jpgSerge Bromberg lors d'une projection (iage Evene.fr)


Et tant que nous parlons de l'archéologie du cinéma et des trouvailles, je vous recommande deux sites importants. D'abord celui de Serge Bromberg, l'Indiana Jones du 7è art: Lobster Films. Et aussi Europa Film Treasures où vous pourrez entre autres (re)découvrir le film Marvo Movie, datant de 1967, il n'est pas éloigné des préoccupations esthétiques d'un Clouzot exploitant à fond les possibilités narratives de la caméra.






Le Phoenix Coréen

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Le Ryugyong Hotel, Pyongyang, 1999


La figure architecturale de l'absence dans tout son antagonisme assumé ne pourrait être mieux représenté que par l'Hotel Ryugyong en Corée du Nord. Cette pyramide aplatie formée de trois ailes inclinées à 75º et inachevée (il lui manque entre autres ses fenêtres), rappelle vaguement le bâtiment du Ministère de l'Amour dans le roman 1984 de George Orwell. Situé à Pyongyang, son nom est évocateur, il signifie La Capitale des Saules (nom historique de la cité Nord-Coréenne) et sa construction démarre en 1987 dans un contexte de fin de guerre froide et de compétition acharnée contre le faux-frère Sud-Coréen.

Avec un coûteux programme, le cabinet d'architectes Paektusan, à l'origine du projet, n'ambitionnait pas moins que de faire de "l'Hotel de Saules" le plus haut gratte-ciel du pays. Sa superficie de 360 000 m2 devait lui permettre d'atteindre la hauteur de 330 mètres pour un nombre total de 3000 chambres, des restaurants et tout un système autonome de ville dans la ville.



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En 1992, en plein effondrement du bloc soviétique, des architectes et ingénieurs étrangers et Sud-Coréens émettent l'hypothèse que le Ryugyong puisse être un colosse aux pieds d'argile. Un défaut de construction le rendrait peu viable mais la campagne de solifidication s'élevant à plus de 2 milliards de dollars, celle-ci n'est pas entreprise faute de moyens dans un pays qui connaît alors sa plus grande famine.
L'hotel est laissé à l'abandon et devient le symbole imposant de l'échec du régime et du gaspillage typique des mégalomaniaques à sa tête. À tel point que les fabricants d'images de cartes postales l'effacent régulièrement du paysage urbain dans une geste qui rappelle la memoria damnata romaine.

The Doom Hotel, comme l'appelle alors les agences de voyages anglo-saxonnes paraît être devenu son propre tombeau. On semble pourtant s'orienter vers une nouvelle aube pour l'hotel-fantôme. C'est en tout cas ce que les nouvelles assez récentes de l'amicale Franco-Coréenne semblent augurer. En 2008, la société Égyptienne Orascom, reprend le contrôle l'ouvrage au style tout stalinien. Rachetée par le groupe de BTP Français, Lafarge SA, Orascom a (re)démarré les travaux sur l'hotel notamment aux étages supérieurs qui ont la capacité cherry-on-top d'être auto-rotatifs. Le président de Lafarge a, lui, rencontré en Septembre dernier, Kim Young-nam, dirigeant du Présidium de l'Assemblée Suprême du Peuple et Chef de l'État par intérim (Kim Jong-il étant soit-disant souffrant).
On prédit maintenant un achèvement des travaux et l'ouverture officielle de l'hotel pour 2012, année du centenaire de la naissance du père de l'actuel dictateur, Kim Il-sung.


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Le projet tel qu'imaginé par les architectes en 1987 avec ses façades de verres reflétant l'éternel soleil coréen dans une ambiance toute futuropolis...


D'ici là, la structure en béton armé continuera sa tentative typique de séduction comme l'avaient fait auparavant les villages Potemkine et comme il y a une quarantaine d'années la Berliner Fernsehturm le faisait depuis l'AlexanderPlatz est-berlinoise pour snober la vieille Berliner Funktum (La Tour Radio du Berlin-Ouest de Charlottenburg).
Mais là où les villages-leurres de Potemkine tentaient soi-disant de tromper Catherine II de Russie en cachant la misère des villes de Crimée, l'hotel Ryugyong est devenu le signe même de l'abandon. Sa fonction de propagande s'inverse pour devenir l'excroissance cosmétiquement disgrâcieuse d'une république populaire en pleine dissimulation de ses échecs ruineux.


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les deux tours ennemies. Symbole de la propagande est-allemande, la Berliner Fernsehturm (droite) voulait prouver à l'ouest que les progrès techniques n'étaient pas l'apanage des pays capitalistes.


L'histoire plus ou moins récente des conflits a sonné le retour à la notion romantique des ruines. Etymologiquement, la ruine (ruere, s'écrouler) c'est ce qui tombe mais par opposition directe ce qui, aussi, demeure. Résultat d'un processus lent ou expéditif, la ruine est le reste d'un temps révolu qui se fond dans un présent parfois nostalgique.
Longtemps évocatrice de la méditation sur le temps qui passe, d'une passion fascinée voir même d'un genre pictural reflétant le goût pour l'Antique, les ruines deviennent progressivement des sujets moins rétrospectifs et plus prospectifs. Ce que souligne Nora Philippe dans son article, La Ruine, en citant Roland Mortier (La poétique des ruines en France, 1974): « la méditation de Diderot se veut ici plus prospective que rétrospective. La ruine fait moins rêver sur ce qui fut que sur ce qui sera ou plus exactement sur ce qui ne sera plus. Le mouvement d'esprit renverse la démarche de Pétrarque ou celle de Du Bellay. La rêverie sur les ruines était une mémoire, la voici devenue une anticipation. »

Anticipation telle que les ruines sont 'reconstruites' dans la période XIXè des fabriques, sorte de combines qui édifient un passé fantasmé et qui soulignent le mal de ce siècle, la mélancolie spleenienne.
Il faudrait confronter d'ailleurs le travail d'un Cyprien Gaillard à ces images de vestiges survivants qui, comme le souligne encore Nora Philippe, « ne disent ni l'accomplissement ni l'aboutissement ». Les ruines appellent ici à une imagerie fantasmagorique, celle des fantômes-revenants ou, comme dans le cas du Ryugyong, du zombie architectural.


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Cyprien Gaillard, The New Picturesque, 2008 (Cosmic Galerie)


gh5.jpgCyprien Gaillard, Belief in the Age of Disbelief / Les deux chemins au ruisseau étape VIII, 2005 (Cosmic Galerie)


L'ex-bloc de l'Est et ses anciens satellites, ironiquement, sont relativement généreux en zombies de ce genre. Ces zones pas si romantiques, sont des villes-fantômes qui renaissent en non-cités images d'un passé perdu ou gommé d'une époque de grands chantiers interrompus par les retournements de l'histoire.
Ainsi la ville d'Agdam, rayon azerbaidjanais en pleine enclave Azérie en Arménie. La conflit, dit du Haut Karabakh, qui opposa la république de Bakou à celle d'Erevan de 1988 à 1993 fit tomber la ville qui devint prise de guerre arménienne.
Totalement détruite par les bombardements, Agdam est un non-lieu désolé qui tient encore debout mais dont les habitants ont été 'relocalisés' dans des villes-dortoirs du régime azéri.
Cette cité déserte qui s'offre à la végétation se voudrait l'Ouradour du Caucase. Du moins c'est la volonté des forces en présence. Les Arméniens laissent volontairement la ville dans son état apocalyptique, ils ont tout détruit sauf le cimetière islamique et le minaret de la mosquée, pâles otages des négociations qui eurent lieu entre les républiques ennemies. Comme quoi, la ruine a son utilité...


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Les ruines d'Agdam, 1999 (images de John Pearce)

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Les ruines d'Agdam, l'intérieur de la mosquée avec élevage de porcs, 1999 (images de John Pearce)


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Les ruines d'Agdam, vue du Minaret, 1999 (images de John Pearce)


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Les ruines d'Agdam, capuche pour mine anti-personnelle posée par l'ONU, projet The Halo Trust au Haut Karabakh 1999 (images de John Pearce)


On devrait d'ailleurs imaginer un classement de mauvais goût qui regrouperait toutes les villes abandonnées dans le monde. Trois pourraient se disputer la tiare de plus curieuse ruine. San Zhi sur l'île de Taiwan,  Kadykchan dans le district (ou rayon) russe de Susumansky et la ville namibienne de Kolmannskuppe.
Ces trois villes-champignons illustrent le spectre actuel des ruines qui va de celles provoquées par des conflits à celles qui subissent les conséquences d'accidents ou de changements politico-financiers. Elles n'évoquent plus les vestiges méditatifs chers à Diderot, simplement la fuite et vaguement le retour involontaire d'un Néo-Brutalisme de pacotille.
Fantasmatiques forcément elles prennent une nouvelle dimension. Celle d'un autre genre de fabrique. Une nouvelle ruine-décor, sorte de parc d'attractions mortes, et lieu de tous les fantasmes et de toutes les déceptions, enfin de toutes les reconstructions mentales sur une fin de monde potentielle.

Médaille de Bronze pour San Zhi. Cette cité côtière et champignonesque est à l'origine une station balnéaire construite à la fin des années 70 pour les moyennes et grandes fortunes de Taipei afin de leur offrir un lieu de repos qui va vite se transformer en site cauchemardesque (et pas uniquement à cause de la fibre de verre mal utilisée en revêtement de ces pods). Des séries d'accidents ont en effet lieu durant le chantier de ce village modèle et les rumeurs vont bon train qui sotto voce disent que cette nouvelle ville serait peuplée de mauvais esprits. Il n'en faut pas plus pour stopper les travaux et laisser  le resort rétro-futuriste à l'abandon. La ville de Casper le magnifique ne sera pas ré-exploitée, son promoteur ayant fait faillite et s'arrangeant habilement pour maintenir le mythe de la ville-hantée.
Il ne reste aujourd'hui que des constructions-ovni trop colorées qui pourrissent en attendant d'être totalement effacées d'ici à Janvier 2009.


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Ville-fantôme de Sanzhi, 2006 (merci à cypherone pour les images suivantes)


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L'argent va à la ville minière de Kadykchan qui en aurait eut bien besoin. Abandonnée par ses habitants (employés le plus souvent dans les mines d'étain du district proche de Magadan) à la chute de l'Union Soviétique, le nom de la ville en langue evensk est évocateur: Vallée de la Mort. La grande Faucheuse n'a pourtant pas établit ses quartiers dans la région et c'est la combinaison de salaires non versés et du non-entretien de la ville dans une zone où les hivers sont rigoreux (-40º en plein soleil) qui a fait fuir ses habitants. Une fuite non planifiée d'ailleurs, on pensait sûrement que l'on reviendrait, qui fait de Kadykchan une sorte de Pripyat sans le risque de contamination et la zone de sécurité anti-fuites radioactives.
La ville prend le statut d'archives à ciel ouvert, miroir inversé des villages Potemkine avec sa vie suspendue et son cinéma où le buste de Lénine tient encore debout...



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La ville des rêves perdus, Kadykchan, 2001 (merci à Brusnichka pour les photos ci-dessus)


L'or enfin à la cité du Diamant. Kolmannskuppe est aussi une ville abandonnée, une ruine fantôme du Sud de la Namibie. Fondée en 1908 après la découverte de mines de diamant par les colons, la ville tire son nom de son double-statut: située sur une colline et occupée par les Allemands qui colonisent le pays de 1884 à 1915. C'est aussi à partir de ce moment que la ville dite La Colline du Minier se met à décliner. Malgré son lien ferroviaire avec la ville portuaire de Lüderitz et ses facilités digne de la plus moderne des villes allemandes, Kolmannskuppe s'abandonne finalement au désert. Ne reste que des vestiges d'une des villégiatures préférées d'Heinrich Goering qui devint le gouverneur de ce que l'on appelait le Sud-Ouest Africain allemand. Les maisons encore debout et notamment celle du gérant de la mine, témoignent d'un certain style architectural peu adapté à la région. Qu'importe, de toutes les villes abandonnées passées et à venir, Kolmannskuppe reste celle qui 'personnifie' le caractère Fliegende Holländer des ruines. Condamnées à errer sans bouger, elles ne 'survivent' que par l'intérêt que nous leur portons, belles endormies dont la rédemption serait peut-être le réveil de cette architecture de l'absence reconnaissable en Corée du Nord dans la renaissance (possible?) du Ryugyong...


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la ville de Kolmannskuppe, la maison du chef de mine est encore intacte, seule vestige qui a pu triompher du désert? (photos wiki et flickr)

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Good Morning Pyongyang! Avec en point de mire la domination de l'objet de la défaite...



Le Printemps de Monsieur Donald

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Come as You are / campagne BETC Euro RSCG / 2009


Après une campagne basée sur des variations (ironiquement) répétitives au leitmotiv uniformaliste -"come as you are" (venez comme vous êtes)- Mac Donald® réinvestit le territoire du grand écran et de ses figures populaires. Micro-choc visuel. Plutôt que de prendre des héros au charme forcément positif (question de point de vue cependant), la marque préfère parier sur les super-vilains... tentative curieuse d'identification ou reflet (in)volontaire d'une réalité revisitée?

Quel peut être, en effet, le point commun entre le Jedi maléfique de l'Etoile Noire et le singe le plus terrifiant de la jungle cinématographique?
C'est que ces personnages de bad boys sont avant tout des incompris, figures antédiluviennes passées par la case du mauvais jugement et celle de la rédemption.
Darth Vader n'est pas vraiment un serviteur implacable de son Empereur, il a simplement glissé du mauvais côté de la Force et finira par le réaliser à ses dépens. King Kong, figure adoré des animistes de l'Île du Crâne, ne fait lui que protéger sa nouvelle bien-aimée dans une rage d'amoureux transi. Les deux au demeurant laissent flotter un sentiment tangible de faux-méchants, tentative hollywoodienne de coller narrativement à la figure emblématique de l'ange déchu.



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Le personnage de Ronald Mac Donald, avatar du clown Bozo, passa en boucle sur les chaînes américaines dans les premières prémices des publicités virales de 1963


La marque de fast-food la plus connue se débarrasse donc discrètement -ou radicalement- de son icône clownesque aux chaussettes bravant l'hallucination et bariolée de jaune et rouge, comme le couple mythique moutarde-ketchup sur les tables des dinners.
Ronald Mac Donald et son sourire de magicien laissent place aux anti-héros sombres. Un glissement sémantique s'opère dans un contexte qui a été jusque-là très défavorable à la marque au 'M' jaune (sans sous-entendus jacobsiens! (1)).
Tout le monde adore détester Mac Donald® et cette marque, symbole d'un certain type d'impérialisme américain et d'une uniformisation alimentaire, joue finalement de cette double image sulfureuse en détournant ses propres codes.

On doit cependant reconnaître à la campagne visuelle de l'été un certain intérêt. Nonobstant le choix typographique malhabile d'une typo type apprentissage-de-la-lecture dans les junior high américaines, les photographies du Seigneur Vader et de la patte surdimensionnée de King-Kong sont plutôt réussies. Elles intriguent. Particulièrement celle mettant en scène le méchant de La Guerre des Étoiles.
Le voilà assis, inexpressif bien sûr, et occupant la majeur surface de l'image publicitaire où un plateau garni flotte comme par attraction mentale (logique!) tandis qu'un couple rejoue les amoureux de fin de film devant un autre plateau version green-macdo.
Le décor ressemble à un cocon spatial rétro-futuriste avec beaucoup de beige, de marron et de gris. L'homme à l'armure emblématique n'en prenant que plus d'importance par simple contraste. Notons au passage que c'est sur les versions verticales de l'affiche que la présence vaderienne est la plus impressionnante; la cape devient alors un motif abstrait aux plis évocateurs d'abîmes sans fond.



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Concentrons-nous pourtant sur le couple auquel Darth Vader, qui est venu comme il est, tourne le dos. Couple apparemment anodin, se fondant curieusement dans le décor de navette, leur étreinte passerait inaperçue si la scène se déroulait dans un parc. Là elle devient l'intérêt principal de l'image.
Pourquoi ce couple se bécote-t-il donc? Car oui, on l'aura compris ici, Mac Donald® s'identifierait plutôt au Seigneur Sith dans son combat intérieur pour regagner le côté clair de la Force. Mac Do est un faux-méchant en quête de rédemption.
Mais voilà, ce couple est tellement improbable qu'il annule presque la tentative initiale de la publicité. Nous reparlerons plus tard de l'hypersexualisation dans la publicité mais retenons tout de même que le côté subversif de ce baiser chaste, loin de la mécanique des fluides mise en avant en règle générale, donne à la scène un charme surréaliste inattendu.

Ce baiser en rappelle aussi un autre qui donne à l'ensemble de l'image une interprétation sinon surannée du moins amusante. En 1880 on passe commande au sculpteur Auguste Rodin pour la réalisation de la porte monumentale du futur musée des Arts Décoratifs. Cette Porte, dite de l'Enfer, aux personnages entremêlés, illustre le Chant éponyme et inaugural de la Divine Comédie de Dante. Il y est notamment question de la passion tragique de Paolo Malatesta et de sa belle-soeur Francesca da Rimini. L'épisode immortalisé par Rodin dans sa célèbre sculpture, Le Baiser, ne sera finalement pas intégré à la porte, cet instant de pur bonheur s'adaptant, pour l'époque, assez mal au thème général des vantaux de La Porte de l'Enfer.


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Auguste Rodin, Le Baiser, 1886


Le Baiser illustre le moment où Francesca da Rimini et Paolo Malatesta s'éprennent l'un de l'autre par dépit ou passion. Lui séduit par la femme de son frère, elle malheureuse d'avoir été mariée de force à un homme laid, Gianciotto Malatesta, Seigneur de Rimini. Si la sculpture de Rodin fait soudain penser aux amoureux de chez Mac Donald® dans une sorte de plagiat par anticipation (2), c'est la peinture d'Ingres qui rebondit de manière la plus fortuite mais plaisante avec cette image publicitaire.
Datant de 1819, on y voit les amoureux sur le point de passer de vie à trépas, ignorants qu'ils rejoindront le deuxième cercle de l'Enfer, celui ou échouent ceux et celles qui ont commis le péché de chair. Gianciotto, figure tragique du mari jaloux, les surprendra et poignardera les amants les vouant, eux et lui, à la damnation éternelle.


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Jean Auguste Dominique Ingres, Francesca da Rimini et Paolo Malatesta, 1819


Il est inutile de souligner les curieuses similitudes entre le Seigneur Vader et celui de Rimini. Leurs tenues parlent d'elles-mêmes et si l'un tourne le dos aux amants en faisant mine de téléporter son menu bigmac®, l'autre, tapi derrière une tenture shakespearienne, mime une pose toute aussi starwarsienne! Les deux occupent aussi (et respectivement) des positions inversées mais néanmoins centrales. Vader logiquement est au coeur de l'image publicitaire. Rimini à l'arrière-plan du tableau mais tout autant mis en avant par le geste qu'il est sur le point d'accomplir.
L'une comme l'autre des compositions parlent d'ailleurs de cette notion d'instant. Deux objets la soulignent, le plateau en suspension dans l'une et le livre de Francesca dans l'autre. Ces flottaisons miraculeuses indiquent que quelquechose est sur le point d'arriver. C'est aussi et principalement ce moment suspendu qui fait tout le côté intriguant de la publicité Mac Donald®.

Que va-t-il alors se passer? Ou ne pas se passer? Peut-être Darth Vader n'est-il pas en train de réceptionner son menu mais au contraire de le renvoyer, en cuisine, sans un coup de semonce, avant de passer à l'action.
On ne le saura jamais. Pourtant la couleur des tenues des amoureux semble prédire leur futur proche. Du moins on peut le supposer et délirer totalement.
Car ce vert, au passage nouveau colori renaissance pour Mac Donald®, est aussi celui des cadavres. Et quoique visiblement bien portants, les amants risquent de finir comme dans le tableau ultra-pompier d'Alexandre Cabanel ou la parure couleur chair livide de Francesca fait écho à la chemisette de l'amoureux du MacDo.


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Alexandre Cabanel, Mort de Francesca da Rimini et de Paolo Malatesta, Salon de 1870


Bien sûr je ne m'attarderai pas non plus sur la coïncidence formelle qui souligne que le nom de Malatesta, en plus d'être porté par le plus féroces des chefs militaires italiens du XVè, est aussi celui d'Errico Malatesta, membre du mouvement anarchiste, dont un des symboles est le drapeau noir. De là à faire de Darth Vader un tenant de la négation du principe d'autorité avec son look de faux teenager-goth, ce serait sûrement pousser le bouchon loin...



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Rebondissons tout de même sur les deux amants et leur couleur viridienne (2). Celle-ci est devenue la nouvelle identité d'une société alimentaire en plein repositionnement. Exit le rouge père Nöel mis à part sur les packs de frites. Toutes les nouvelles gammes de produits estampillés Mac Donald® portent le nouveau logo M jaune sur fond vert. Une manière d'être plus green? D'apporter de l'espérance? Ou plus sincèrement de leurrer le consommateur?
La confusion confine alors au ridicule, certains pensant que le logo indique des produits halal, d'autres que la compagnie s'oriente maintenant vers un régime purement végétarien pour ses clients (3).
Parions surtout qu'avec ce logo revisité en couleur complémentaire de l'originale, Mac Donald ne trompe personne... nous en reparlerons aussi.



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(1) Edgar P. Jacobs est le créateur du duo Black et Mortimer dont une des aventures, La Marque Jaune, raconte la terreur dans laquelle Londres est plongée lorsque d'étranges signes à la craie jaune apparaissent sur les murs de la ville.

(2) Le plagiat par anticipation est le titre du livre de Pierre Bayard et emprunté au co-fondateur de l'OuLiPo, François Le Lionnais.

(3) Selon le fan club Stars Wars, AnakinWeb, une lame viridienne est une lame de sabre laser produite grâce à un crystal viridien qui donne une couleur vert argentée à la lame.
Plus étymologiquement, viridis est le mot latin pour vert.

(4) Voir ce curieux questions-réponses de 2008... sans commentaires.



Pour les toulousains et les non-toulousains, les parisiens et les non-parisiens, bref ceux qui aiment le train, trois événements à dimensions variables mais intéressants: Le lancement de la revue Hypertexte nº2 avec soirée platine au Théâtre Garonne (+ autres rdvs notamment un cool conférence qui porte bien son nom au CAC Colomiers), la foire d'art Contemporain FIAC à Paris et si vous avez le temps, Gardar Eide Einarsson jusqu'au 7 Novembre à la galerie Bugada & Cargnel (anciemment Cosmic Galerie) sur les recoins ambigus de la société... et bien sûr l'immanquable Printemps de Septembre dont nous reparlerons.



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Gardar Eide Einarsson, You Just Don't Get It Dad, So Fuck Off, 2002, vinyl walltext, exhibited in South of Heaven (2007)



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Gardar Eide Einarsson, South of Heaven, 27.07--16.09 2007, Frankfurter Kunstverein, Frankfurt



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Le Sens Des Choses

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Le 'premier hyperlivre' publié en France arrive dans les bacs sous peu. Le Sens des Choses, sous la direction de Jacques Attali, est une sorte de prolongation de l'émission-radio éponyme (sur France Culture) ou Attali et Stéphanie Bonvicini recevaient, cet été, de grands témoins du monde social et économique apportant un éclairage sur les causes de la crises et les bouleversements à venir.

Si vous êtes munis d'un téléphone vous permettant l'accès à l'internet, continuel chaudron de connaissances matriockesques (1), cet hyperlivre vous donnera les moyens d'aller plus loin. Alors, l'hypercontenu (hypermedia) après l'hypertexte?

La graphiste californienne, Anne Burdick, avait en 2007 participé à une conférence sur l'EBR (Electronical Book Review) liée aux nouvelles fonctions de l'écriture et de la lecture: A Distinct Kind of Reading and Writing, était un panel de discussion qui a permis de mettre en relation le travail spécifique mais perméable du designer de l'interface de lecture, du programmeur de cette  interface et, bien sûr, de l'éditeur (2).


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Anne Burdick, graphisme pour Writing Machines, 2002


Anne Burdick explique que l'évolution de son métier de graphic designer s'oriente vers le design d'espaces pour l'écrit (spaces for writing). Elle avait déjà exploré ce principe dans son travail de mise en forme du livre de N. Katherine Hayles, Writing Machines publié en 2002. Le livre de Hayles est comme une expérience dont le but avoué était de forger un vocabulaire et une série d'outils critiques réactifs au large spectre de nouveautés significatives dans le champ des textes électroniques et imprimés (3).

Étudiante à la CalArts (sous la houlette de Mr Keedy) à sa période glorieuse des 90s, on ressent dans le travail de Burdick pour Writing Machines toute la culture Émigré, ce magazine révolutionnaire (basé à San Francisco) qui agita les mises en pages modernistes dans un vent postmoderne inspirant.
Ce qui fera dire à Andrew Blauvelt (directeur artistique du Walker Art Center) que "à l'âge de l'immatériel, Writing Machines démontre que toutes les formes de littératures sont inextricablement matérielles." (4)



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Anne Burdick, double page pour Émigré, 1992 (merci Urban Politics of Type)


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Rudy Vanderlans, double page pour Émigré, 1989 (merci Urban Politics of Type)


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Mr Keedy, Bodoni poster, 1984 (merci Urban Politics of Type)





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(1) les matriochkas sont le nom russe des poupées en bois au principe répétitif (croissant ou décroissant) inspirées d'un jouet japonais, la poupée kokeshi. Pour en savoir plus: ICI!

(2) Cette conférence a eut lieu à l'université de Duke (Caroline du Nord) en 2007 et faisait partie du colloque Electronic Techtonics: Thinking at the Interface, organisée par l'HASTAC (Humanities, Arts, Science, and Technology Advanced Collaboratory)



Point Ligne Plan

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Un excellent site de VOD (Video On Demand) qui se concentre sur les productions vidéos dans l'art contemporain: Point Ligne Plan est finalement un avatar astucieux du site Ubu, véritable mine d'archives sonores et expérimentales. À visiter donc!


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Dominique Petitgand, Les liens invisibles, 2001-2007, installation sonore pour 7 hauts-parleurs (Exposition EMBA / Galerie Manet, Gennevilliers, 2007 © photo Laurent Lecat)



Pas d'OPA à la Villa mais un INTRU

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La Villa et le Piazzale © 2009 Académie de France à Rome - Villa Medici (photographie G.Causati & P.Zagami)


Contre ses attentes, ce n'est finalement pas Olivier Poivre d'Arvor qui remplacera Frédéric Mitterrand comme directeur de l'Académie de France à Rome. Le 07.09.09 l'Elysée a nommé Éric de Chassey, Normalien, Professeur d'Histoire des Arts Contemporains et membre de l'excellente équipe INTRU de l'Université François Rabelais de Tours. Il devient ainsi le 44è directeur de la Villa Médicis.
Fondée en 1666 par Colbert, l'Académie de France à Rome fut d'abord située au Palais Mancini avant d'être transférée en 1803 à la Villa Médicis. Cette institution-résidence permettait aux lauréats du Prix de Rome de venir parfaire leur art au contact des merveilles classiques de la ville éternelle.
En 1968 le ministre Malraux supprime le Prix de Rome. l'Académie des Beaux-Arts et l'Institut de France perdent alors leur tutelle sur la Villa. C'est le Ministère de la Culture qui poursuit la mission fixée par Malraux et étend le recrutement des pensionnaires aux autres champs artistiques jusqu'alors ignorés ou snobés.
Si l'Académie de France a connu de prestigieux directeurs comme Ingres ou Balthus, ce sont les pensionnaires de la Villa Malín (surnom donné par Christophe Deshoulières (1)) qui font et défont sa réputation. Il en va ainsi du styliste Pascal Gautrand, premier designer mode accepté à la Villa, et son exposition When in Rome do as Romans Do, une collaboration fructueuse avec les sartorie (ateliers textiles italiens) de Rome. Ou de l'écrivain-critique Hervé Guibert qui dans son roman L'Incognito parle de l'Académie espagnole (encore un surnom!) comme d'un pensionnat aux "murs avec des tâches jaunes d'infiltration, le frigidaire qui puait, une misérable armoire en contre-plaqué qui ne fermait plus, une chaise défoncée avec le rotin arraché, du sous-Ikéa exténué sur lequel auraient craché les chiffonniers d'Emmaüs".
Les choses ont-elles évoluées au sein cette belle endormie romaine? Éric de Chassey compte en tout cas poursuivre le chemin tracé par son prédécesseur: "ouverture de la Villa au public, ancrage méditerranéen de son activité, élargissement du recrutement des pensionnaires aux pays francophones" et dit-il "lier le plus possible le présent à l'histoire" (2).



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(1) en 2008 Christophe Deshoulières, ex-pensionnaire de la Villa, publie Les Mal-aimants: Néo-Roman, un Décaméron contemporain dont l'action se situe à la Villa Malín, surnom qui ne trompe personne...
(2) Philippe Ridet, Eric de Chassey, adoubé à la Villa Médicis par Frédéric Mitterrand, Le Monde, 08.09.09



Les A2

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Vu sur le site très fourni de Geoffrey Dorne, le travail de la designer Keetra Dean Dixon, une charmante suite d'objets pour deux (et deux seulement!) et un oreiller du mauvais goût le plus chic. Ces objets 'scénaristiques' sont-ils du design ou des placebo pour adulescents, jouets post-college qui ne revendiquent rien sinon leur forme très (trop?) illustratives? Comme l'écrit Geoffrey Dorne, ce sont finalement les "situations cocasses" qui pourraient découler de l'archi-utilisation de ces objets-sculptures qui a le plus d'intérêt au-delà du fallait y penser...


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Keetra Dean Dixon, Between You and Me. Objets de co-dépendance.


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Keetra Dean Dixon, The Great Slumber. Ces oreillers s'inspirent de ces moments angoissants ou l'on se demande si l'être cher qui dort sans bouger depuis trop longtemps n'est pas immobile définitivement... (voir descriptif en vo sur le site)


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Les A5

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L'éditeur Lars Müller a récemment lancé une collection de livres format A5. Le site de l'éditeur décrit cette nouvelle série, sobrement intitulée A5, comme une archive grandissante sur le graphisme. Elle présente des monographies de figures importantes de l'histoire du graphisme dans des ouvrages au format 148 x 210 mm riches en illustrations.
La série A5 est une coopération avec le Departement Design (Labor Visuell) de la Fachhochscule Düsseldorf et de Jens Müller.

Les premiers volumes de A5 décodent dans le désordre le travail du graphiste Celestino Piatti et son oeuvre colossale pour les éditions DTV. Puis la collaboration fructueuse entre le magazine Twen et l'éditeur Philips pour la création de couvertures de vinyls (réalisées par Willy Fleckhaus et inspirées du travail de Karl Gerstner, Max Bill, ces couvertures rarement présentées dans leur totalité soulignent les liens entre graphisme et musique). Et enfin les travaux d'Hans Hillmann un des plus important illustrateur-affichiste allemand de l'après-guerre.

Empreints d'un International Style appelé aussi Swiss Style, les travaux exposés dans ces trois premiers opus d'A5 sont représentatifs de ce mélange de simplicité fonctionnaliste et de neutralité qui en même temps lorgne curieusement du côté des tentatives américaines de l'époque pour casser cette sobriété de l'invisible style.
La collaboration entre Twen et Philips est effectivement symptomatique des influences east coast America, celle du Push Pin Studios surtout, qui avaient remis au goût du jour l'illustration vernaculaire et pop. Le melting-pot entre les deux produit des visuels d'une grande richesse, l'éducation suisse temporisant la faconde illustrative américaine.

(merci Dave C pour l'info et A5design pour les images)



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de haut en bas:

Carlo Manzoni, Der Finger im Revolverlauf, 05/1963 (A5/03: Celestino Piatti+dtv - The Unity of the Program - Lars Müller Publishers)
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Rudolf Kühn, Astronomie populär, 03/1964 (A5/03: Celestino Piatti+dtv - The Unity of the Program - Lars Müller Publishers)
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Anne Morrow Lindbergh, Verschlossene Raüme, offene Türen, 12/1977 (A5/03: Celestino Piatti+dtv - The Unity of the Program - Lars Müller Publishers)
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Wolfgang Kraus, Der fünfte Stand, 04/1969 (A5/03: Celestino Piatti+dtv - The Unity of the Program - Lars Müller Publishers)


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de haut en bas:

Willy Fleckhaus (design), Twen Doppelseite, 04/1961 (A5/02: Philips-Twen - Realism is the Score - Lars Müller Publishers)
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Willy Fleckhaus (design), Leonard Bernstein: Spass mit Musik, 07/1961 (A5/02: Philips-Twen - Realism is the Score - Lars Müller Publishers)
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New Orleans Neu (A5/02: Philips-Twen - Realism is the Score - Lars Müller Publishers)
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Anonym (design), Classics à la Pop by Peter Thomas, 03/1967 (A5/02: Philips-Twen - Realism is the Score - Lars Müller Publishers)
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Heinz Edelmann (design), Doldinger in Süd Amerika, 07/1965 (A5/02: Philips-Twen - Realism is the Score - Lars Müller Publishers)
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Anonym (design), The Best From TheFar West..., 11/1968 (A5/02: Philips-Twen - Realism is the Score - Lars Müller Publishers)


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de haut en bas:

Hans Hillmann (design), Amore/Ways of Love, 1962, Film poster 59x84 cm (A5/01: Hans Hillmann - The Visual Works - Lars Müller Publishers)
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Hans Hillmann (design), Computer Spies in Capital Wirtschaftsmagazin, 1968, Illustration 40x28 cm (A5/01: Hans Hillmann - The Visual Works - Lars Müller Publishers)
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Hans Hillmann (design), The Criminal Life of Archibaldo de la Cruz, 1961, Film poster 59x84 cm (A5/01: Hans Hillmann - The Visual Works - Lars Müller Publishers)
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Hans Hillmann (design), I am the last Judgement and I want Revenge in Frankfurter Allgemeine Magazin, 1990, Illustration 30x30 cm (A5/01: Hans Hillmann - The Visual Works - Lars Müller Publishers)


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Cinéma Rif

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Vu sur Bidoun, Another Border, une sélection de films et de vidéos de la collection d'archives de la Cinémathèque de Tanger a été présentée au LACMA (Los Angeles County Museum). L'exposition Another Border des commissaires Bouchra Khalili et Yto Barrada est maintenant archivée sur le site du musée, à podcaster donc!


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Les Figures Mathématiques...

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Paris-Match® 1957. Le spoutnik (littéralement compagnon de route) surnommé 'le très simple' est le premier satellite artificiel en orbite.


La couverture du Paris-Match du 19 Octobre 1957 promettait de tout savoir sur la conquête de l'espace version URSS et cette petite lune rouge qui survole la sphère terrestre aérographée est avant toute une (re)invention fidèle d'illustrateur, une évocation. L'espace est encore une frontière lointaine dont ne transpirent que des images fantasmagoriques et des vues téléscopiques.
Pourtant les schémas explicatifs vont nourrir l'imagination collective, les légendes photographiques autour des futurs hommes de l'espace se bâtir et les formules mathématiques dessiner les possibles trajectoires des fusées... ainsi la science et ses méthodes de représentation vont générer toute une imagerie 'accessible' qui s'éloigne des illustrations fin-de-siècle (le XIXè et le début du XXè) un peu trop poétiques.


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Walter M. Schirra, astronaute américain sélectionné pour le projet Mercury (1959, ©Nasa)


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Les amoureux de la Lune, c.1920



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Georges Méliès, Le Voyage dans la Lune, photo de plateau c.1930 (©2008, ADAGP)


Cette imagerie est ainsi indissociable des notions de simplification et de matérialisation qui permettent de rendre les mathématiques infiniment plus palpables, moins nébuleux et surtout transmissibles (lire à ce propos l'excellent article de J.Pfeiffer, Rôles des figures dans la production et la transmission des mathématiques).
Comme l'écrit Jeanne Pfeiffer, " les travaux sur la géomérie grecque s'interrogent sur le statut et le rôle des figures, leur relation au texte, leur transmission [...]". Le XVIè siècle est ainsi l'époque qui voit la combinaison logique des arts et de la géométrie, souvent les illustrations font se superposer des figures mathématiques et des dessins pour ue accessibilité plus poussée.
Il arrive aussi parfois que les dessinateurs évoquent dans les marges de leurs carnets des représentations visuelles qui préfigurent des "réalités mathématiques" non encore saisies à l'époque de ces dessins. C'est le cas dans le Underweysung der Messung de Dürer où le dessinateur-peintre-graveur allemand produit d'intelligibles figures mathématiques inspirées de pratiques graphiques.



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Albrecht Dürer, Ligne en forme de coquille, in Underweysug der Messung, Livre I, figure 38 (c.1525)



L'IREM (Institut de Recherche sur l'Enseignement Mathématiques) de Strasbourg fait un travail intéressant pour rendre abordable cette discipline et met à la disposition de ses visiteurs les archives de sa revue mathématique L'Ouvert. Plus de 100 numéros de ce bisannuel ont été publiés depuis les années 70.
L'évolution graphique de cette revue est notamment d'un certain intérêt. Contrairement aux choix typographiques parfois malheureux de leur site web, les couvertures de L'Ouvert ont un côté vernaculaire qui loin d'être critiquable est au contraire tout à fait cohérent et consistant. Il faut d'ailleurs attendre le numéro 33 de décembre 1983 pour voir le logo-titre se transformer en cette image-valise qui convertit naïvement le 'V' en livre ouvert (le signe √ aurait peut-être été trop évident?).
Chaque couverture suit une logique mise en place depuis le démarrage de la série; la titraille en marge de tête et une illustration (mathématique le plus souvent) qui vient correspondre avec les thèmes exposés. Il n'y aura que le numéro 13 de Novembre 1977 qui dérogera à la règle en abandonnant la sempiternelle position du titre pour se la jouer néon-d'hotel-miteux et adopter une verticalité risquée mais assez illisible. Le noir et blanc règne en maître avec un appétit parfois savoureux pour les trames permettant de créer des gammes de gris qui viennent parasiter le langage graphique au trait.
Je vous laisse savourer quelques exemples dans la droite lignée des mises en couverture modernistes de Penguin et autres paperbacks...


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Joe Kral a une collection incroyable de couvertures penguin sur sa page flickr


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couvertures de livres japonais (gauche ed. Kappa c. 1963, droite ed. inconnu)


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couverture du livre Vårt Svenska Samhälle, illustration de Staffan Wiren, c. 1963 (merci gaineedit)


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couverture de livres néerlandais, à gauche De Reuk (ed. Aula, c.1966), à droite Filosofische Antropologie (ed. Aula, design J.Venema, c.1966) (merci OTPBC)



Passages

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Veronika Peddinghaus, Mag, 72 x 56 cm



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Julia Sossinka, Tempera, 2009



Au cours de l'été l'ESBAT a acceuilli en résidence deux artistes allemandes de Düsseldorf, Veronika Peddinghaus et Julia Sossinka. Leurs travaux seront présentés le 09.09.09 dans les salles 202 et 203. À voir absolument!


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